Archive pour la catégorie ‘Non classé’

DU CONNAÎTRE ET DU SENTIR DE L’ÂME HUMAINE

Samedi 19 octobre 2013

Johann Gottfried von Herder, Traduit de l’allemand par Claire Pagès

Paris, Éditions Allia, septembre 2013

112.p

ISBN : 978-2-84485-711-8

10,00€

Pour la première fois traduit en français, cet ouvrage est souvent désigné comme l’œuvre préférée de son auteur. À l’origine de cet écrit, une question soulevée par l’Académie Royale berlinoise, concernant le lien entre la faculté de connaître et celle de sentir, ainsi que leur proportion réciproque dans la définition du génie humain. Herder démontre d’emblée que notre manière de penser dépend de celle de sentir. Connaissance et sensation vont de pair. Et Herder le fait savoir et ressentir dans son écriture même, en rupture avec la tradition philosophique classique. L’analogie, figure littéraire par excellence, apparaît à Herder voie de connaissance. Elle est argumentation logique autant qu’invention poétique. Pensée et écriture entretiennent une relation organique, à l’image des facultés de connaître et de sentir. Herder opère là une révolution dans la pensée philosophique et dans la manière de la transmettre.

L’homme informationnel

Lundi 23 mars 2009

L’idée d’intersection disciplinaire a présidé à la fondation et à la vie du Collège International de Philosophie. Mon travail personnel s’est toujours placé à l’intersection de la science et de la philosophie, mais depuis 2008, début de ma direction de programme au Collège, j’ai cherché à intégrer plus complètement la réflexion philosophique au sein des sciences. C’est ce que j’ai nommé « faire de la philoscience ». Le site Internet nommé philosciences.com a été lancé en 2008, afin de publier le résultat de ces travaux.
Les sciences s’appuient sur des concepts ontologiques et proposent des idées sur l’espace, le temps, la matière, la vie. L’appartenance exclusive au champ scientifique ou bien philosophique de tels concepts n’est pas évidente. Il y a un domaine d’intelligibilité dans lequel la distinction n’est pas pertinente, c’est celui de la « philoscience ».
Pratiquer la « philoscience » m’a conduit à une critique de la science classique car le paradigme épistémologique classique a de graves inconvénients. Il provoque un schisme entre les sciences humaines et les sciences naturelles et conduit au réductionnisme. Le substantialisme souvent adopté provoque des contradictions et son refus positiviste entraîne des limitations importantes. (voir l’article Les limites de la science classique)
Une vision du monde non substantialiste, associée à l’usage de nouveaux concepts (organisation, complexité, survenance, émergence, information, systèmes) s’avère bien plus heuristique. Il est possible alors de supposer un pluralisme ontologique, expliqué par complexifications et filiations successives des champs ontologiques. Selon cette conception, les divers modes d’existence du monde procèdent les uns des autres et apparaissent successivement dans le temps. À partir de là vient la proposition d’un socle épistémique adapté aux sciences de la vie et aux sciences de l’homme (voir Une épistémologie pour l’étude du complexe).

Dans l’article Etudier l’homme, je propose de désigner cinq champs épistémiques pertinents pour l’homme, qui vont du physique à l’informationnel, en passant par le chimique, le biologique et le neurosignalétique. Il s’ensuit une répartition disciplinaire continue, sans exclusion, ni clivage.
J’essaierai, dans la suite du séminaire, de montrer la pertinence du concept de champ informationnel pour définir la spécificité humaine. Le niveau informationnel bien qu’il ne soit pas individualisé comme tel est largement abordé sous divers angles et, selon les cas, appelé esprit, pensée, sens, représentation, imaginaire, symbolique, intellect, etc. Il est en rapport avec le langage, les conduites, les rites, l’art, etc. Ces manières de voir ne sont pas homogènes et sont même souvent conflictuelles. Nous essaierons de surseoir à ces oppositions et de définir progressivement une unité, subsumée sous le concept d’ordre informationnel.
L’espoir est d’asseoir la spécificité humaine aux yeux de la communauté savante. En effet, en arrière plan se trouve le problème préoccupant, de son élimination dans les démarches matérialistes et naturalistes, ou de sa surélévation transcendantale dans les démarches idéalistes. À l’écartèlement de l’humain entre « l’homme neuronal » et « l’homme transcendantal », nous essaierons, avec les participants au séminaire, de substituer l’idée d’un « l’homme informationnel ».
L’ensemble de ces travaux est publié sur le site http://www.philosciences.com sous forme d’une vingtaine d’articles.

Juignet Patrick est médecin, psychiatre, psychanalyste, chargé de cours à l’université et directeur de programme au CIPh jusqu’en 2014.