Archive pour la catégorie ‘Soutien’

Soutien aux manifestants egyptiens

Vendredi 23 décembre 2011

Objet d’une timide réprobation internationale, malgré les efforts des organisations non gouvernementales, la répression que le régime militaire égyptien exerce depuis plusieurs semaines sur les manifestants de la place Tahrir a pris des formes intolérables : tir à balles réelles ; jets de débris de marbre depuis les immeubles ; utilisation de gaz bien plus dangereux que les traditionnels gaz lacrymogènes, occasionnant de graves séquelles et susceptibles d’entraîner la mort, comme le rapporte le [1] ; ou tirs de balles en caoutchouc visant systématiquement les yeux, occasionnant la cécité de nombreux manifestants, comme le rapporte l’association [2].

Abattre, écraser, étouffer, aveugler : l’usage de la force est ici mis au service d’une sinistre politique de la métaphore. En tuant et blessant celles et ceux qui luttent contre la confiscation du pouvoir, et qui exigent que l’élan des révolutions arabes ne se brise pas sur le retour à l’ordre, les militaires entendent aussi en éteindre le souffle : en faire taire ces voix qui, en février dernier, s’étaient faites entendre comme jamais (on songe ici, singulièrement, aux voix des femmes, jusque là inaudibles et victimes aujourd’hui d’une répression particulière) ; et faute de pouvoir rendre invisible la contestation populaire dont la place Tahrir est devenue la scène et le symbole aux yeux du monde, ils entendent bel et bien crever les yeux de celles et ceux à même de la voir.

Du printemps arabe à l’hiver égyptien, l’opinion publique internationale a, semble-t-il, détourné le regard. Si l’émotion suscitée par le surgissement d’un peuple égyptien que l’on pensait, comme d’autres (tunisiens, palestiniens, syriens, lybiens, etc.) ; condamné à subir son régime n’était pas, de la part des démocrates du monde entier, une passade ou un vain caprice, ceux-ci ne peuvent aujourd’hui demeurer aveugles et sans voix devant une telle répression, sauf à s’en rendre complices. Il leur appartient d’exiger la fin de telles exactions et de relayer fermement auprès de  leurs gouvernements ces exigences, afin qu’ils prennent les mesures propres à les faire cesser : a  minima en assurant qu’aucune exportation d’armes ou de gaz ne contribue à les rendre possibles.

Le Collège International de Philosophie a relayé et soutenu ces derniers mois les prises de position des intellectuels du monde arabe ; sachant que la philosophie a amplement montré combien la politique, sauf à se ramener à un théâtre d’ombres, requiert de rendre le pouvoir visible et de donner de la voix, il en appelle à la conscience et à la citoyenneté de chacun : ne laissons pas la pire répression étouffer le possible sans réagir.

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Soutien aux philosophes hongrois. Rencontre avec Agnes Heller qui a eu lieu le lundi 14 mars au théâtre de l’Odéon

Lundi 28 février 2011

Depuis le 8 janvier dernier, une campagne de dénigrement, orchestrée par l’entourage du premier ministre Viktor Orbán, se développe dans les médias hongrois contre plusieurs philosophes (Agnes Heller, Mihály Vajda, Sándor Radnóti…), accusés d’avoir écrit contre rétribution des textes « fumeux et inutiles » et d’avoir sali l’image du pays. Il ne s’agit pas là d’une attaque isolée : les calomnies dont ces chercheurs sont l’objet et les poursuites judiciaires engagées contre eux participent d’une volonté de mise au pas du monde intellectuel hongrois, dont témoigne par ailleurs le limogeage d’une partie des membres de l’Académie des sciences, ou la stigmatisation publique de l’homosexualité du directeur du Théâtre National de Budapest. Ce climat atteste du développement, au coeur de l’Europe, d’une idéologie et d’une politique clairement contraires aux principes démocratiques de respect des droits et de liberté de la recherche.

Attentif, depuis sa création, au caractère inconditionnel de ces exigences, ainsi qu’à la mémoire de la dissidence dont plusieurs des intellectuels mis en cause furent des acteurs essentiels, le Collège International de Philosophie a souhaité manifester son soutien en invitant Agnes Heller à Paris pour une rencontre exceptionnelle à l’Odéon – Théâtre de l’Europe. Cette rencontre se déroulera le lundi 14 mars 2011 à 20h30 ; y participeront notamment Gianni Vattimo et Vincent Peillon, députés européens et philosophes, ainsi que Marc Semo, journaliste au quotidien Libération. Invitation est aussi lancée, par l’Odéon-Théâtre de l’Europe, au Directeur du Théâtre National de Budapest. Cette rencontre sera un moment de réflexion et de vigilance, face à la manière dont un Etat européen entend mettre la recherche sous tutelle politique, et au retour de méthodes que l’on pensait définitivement disparues de notre continent.

Agnes Heller est née à Budapest en 1929. Son père meurt en déportation à Auschwitz en 1944. Se destinant initialement à des études de physique, elle s’oriente vers la philosophie et les sciences sociales en devenant l’élève de György Lukács, figure majeure du marxisme du vingtième siècle. En 1947, elle adhère au Parti Communiste, dont elle est exclue une première fois en 1949 pour avoir contesté le principe du centralisme démocratique, au nom de la nécessité de concilier engagement communiste et exercice de la réflexion critique individuelle. Partie prenante des événements de 1956, elle est de nouveau exclue du Parti Communiste et chassée de son poste à l’université. Elle contribue à la création de ce que l’on appellera « l’école de Budapest », collectif de chercheurs partisans d’une réinterprétation du marxisme valorisant les écrits du jeune Marx, la dimension oppositionnelle de ce dernier et son insistance sur la conquête de l’autonomie, contre les systèmes du « socialisme réel ». Partisans d’une attitude réformiste vis-à-vis du régime de l’est jusqu’au printemps de Prague, les membres de l’école de Budapest sont victimes de persécutions politiques dans les années 1970, ce qui conduit Agnes Heller à s’exiler en Australie en 1977, puis à rejoindre la New School for Social Research de New York, où elle se voit proposer la chaire d’Hannah Arendt. Sa philosophie a progressivement évolué vers une critique radicale du marxisme et une position essentiellement social-démocrate. Elle est l’auteur de nombreux essais en matière de morale, d’esthétique, ainsi que de réflexions sur la place de l’Europe centrale dans les événements historiques du vingtième siècle.

 

En savoir plus :

Le CIPh a mis en ligne ci-dessous une série de textes et de liens relatifs aux attaques dont les philosophes hongrois font l’objet, et à la mobilisation internationale qui s’organise pour les soutenir.

 

J.Nida-Rümelin et J.Habermas apportent leur soutien aux philosophes hongrois.

Mercredi 2 février 2011

Nous publions ci-dessous la traduction française de la tribune publiée par J.Nilda-Rümelin et J.Habermas, dénonçant la campagne de calomnie orchestrée par le pouvoir hongrois contre plusieurs figures importantes de la philosophie dans ce pays. (lire en version originale)

En complément de ce texte, et de la prise de position du CIPh en soutien à Agnes Heller et à ses confrères, nous renvoyons également à l’article paru sur le site de Philosophie Magazine ; celui-ci propose notamment une traduction française de l’importante lettre ouverte publiée par László Tengelyi, professeur de philosophie à l’Université de Wuppertal.

Sauvons les philosophes !

par Julian Nida-Rümelin et Jürgen Habermas, président et membre d’honneur de la Société Allemande de Philosophie.

Nous voulons dire notre inquiétude devant le sort politique et professionnel qui est fait à nos collègues hongrois. Au centre de l’actuel conflit, Agnes Heller, Mihály Vajda und Sándor Radnóti ont publiquement critiqué le Premier ministre Viktor Orbán à propos de la loi sur les médias votée récemment. Heller et Vajda avaient déjà été poursuivis comme dissidents à l’époque du pouvoir communiste. Ils avaient alors dû quitter la Hongrie (1977), après avoir perdu leurs chaires (1973). À présent, c’est le régime nationaliste qui leur impose son harcèlement politique, au moment où il utilise sa majorité des deux tiers au parlement pour vider la constitution hongroise de sa substance. La presse gouvernementale fait campagne contre un assez vague « cercle de philosophes libéraux » et l’adjectif « libéral » fait entendre ici, comme jadis, l’anti-intellectualisme et l’antisémitisme de l’attaque contre un prétendu cosmopolitisme sans patrie.

Le prétexte de cette campagne se trouve dans un procès que le gouvernement intente à cinq « porteurs de projets » en raison d’irrégularités supposées dans l’utilisation de crédits de recherche de l’Union européenne. Nos collègues répondent qu’ils n’ont tiré aucun profit personnel de cette activité bénévolement exercée de porteurs de projets : les crédits mis à disposition de leurs collaborateurs ont été utilisés conformément aux règlements en vigueur. Il est significatif que la dénonciation vise des philosophes politiquement suspects, ainsi qu’une discipline qui depuis ses débuts dans l’Athènes classique se confronte à la question de la communauté politique. La procédure administrative est accompagnée par un journal proche du pouvoir, de façon si infâmante que les intéressés se sentent lésés dans leurs droits.

Face à ces outrances populistes, Agnes Heller, lauréate du Prix Lessing et du Prix Hannah-Arendt, et qui l’année dernière encore recevait la médaille Goethe à l’issue d’une cérémonie solennelle à Weimar, a porté plainte contre le journal Magyar Nemzet.

Nous appelons donc la Commission européenne à soumettre la loi hongroise sur les médias à l’examen juridique qu’elle aurait dû passer depuis longtemps. À cet examen devrait s’ajouter celui des pratiques du gouvernement hongrois et de son administration, notamment en ce qui concerne le traitement réservé aux savants et intellectuels critiques. À la question de savoir si les principes fondamentaux d’un régime politique libéral sont ou non violés dans le pays qui représente aujourd’hui l’Union, le parlement européen s’abstient de répondre. Le Conseil de l’Union européenne, comme souvent, est divisé et le gouvernement allemand dénonce du bout des lèvres.

Quand il s’agit de la Chine, nous en appelons à juste titre au respect des droits de l’homme. Dans notre propre maison, nous nous surveillons moins. C’est le scandale dans le scandale.

Traduit de l’allemand par Philippe Büttgen

© Süddeutsche Zeitung GmbH, München. Mit freundlicher Genehmigung von (Süddeutsche Zeitung Content).

Hongrie : Le CIPh apporte son soutien à la philosophe Agnès Heller et à ses confrères

Lundi 31 janvier 2011

Une campagne de dénigrement et de calomnie, orchestrée par l’entourage du premier ministre Viktor Orbán, se développe actuellement dans les médias hongrois contre plusieurs philosophes (Agnes Heller, Mihály Vajda, Sándor Radnóti…) , accusés à la fois d’avoir « sali » l’image nationale par leur critique de la loi sur les médias, et bénéficié de largesses financières pour écrire des textes « fumeux et inutiles ». Faisant suite aux restrictions sévères de la liberté d’expression dans ce pays, cette attaque qui mêle des relents antisémites à l’anti-intellectualisme envers les critiques du pouvoir atteste du développement, au coeur de l’Europe, d’une idéologie et d’une politique clairement contraires aux principes démocratiques de respect des droits et de liberté de la recherche. Attentif, depuis sa création, au caractère inconditionnel de ces exigences, ainsi qu’à la mémoire de la dissidence dont Agnes Heller fut l’une des figures de proue, le Collège International de Philosophie apporte son entier soutien aux philosophes mis en cause, exige que cesse cette campagne de presse et que soient respectés, en Hongrie, les principes garantis par la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne.
Le CIPh vous invite à rejoindre et à relayer cet appel, ainsi qu’à apporter votre signature aux pétitions internationales initiées en ce sens.

Deux pétitions ont été lancées pour soutenir les philosophes mis en cause :

Pétition N°1

Pétition N°2

En savoir plus :

« Hongrie : Orban cible les philosophes » (Libération, 21/1/2011)

La prise de position de Jürgen Habermas et Julian Nida-Rümelin sur la situation hongroise, publiée dans le Sueddeutsche Zeitung

(traduction en anglais)

Communiqué français de l’Association des Enseignant-e-s du Supérieur

Vous pouvez faire parvenir au CIPh les liens vers tous documents susceptibles de compléter ce dossier, en adressant un mail à collectif@ciph.org