Soutien aux manifestants egyptiens

Objet d’une timide réprobation internationale, malgré les efforts des organisations non gouvernementales, la répression que le régime militaire égyptien exerce depuis plusieurs semaines sur les manifestants de la place Tahrir a pris des formes intolérables : tir à balles réelles ; jets de débris de marbre depuis les immeubles ; utilisation de gaz bien plus dangereux que les traditionnels gaz lacrymogènes, occasionnant de graves séquelles et susceptibles d’entraîner la mort, comme le rapporte le [1] ; ou tirs de balles en caoutchouc visant systématiquement les yeux, occasionnant la cécité de nombreux manifestants, comme le rapporte l’association [2].

Abattre, écraser, étouffer, aveugler : l’usage de la force est ici mis au service d’une sinistre politique de la métaphore. En tuant et blessant celles et ceux qui luttent contre la confiscation du pouvoir, et qui exigent que l’élan des révolutions arabes ne se brise pas sur le retour à l’ordre, les militaires entendent aussi en éteindre le souffle : en faire taire ces voix qui, en février dernier, s’étaient faites entendre comme jamais (on songe ici, singulièrement, aux voix des femmes, jusque là inaudibles et victimes aujourd’hui d’une répression particulière) ; et faute de pouvoir rendre invisible la contestation populaire dont la place Tahrir est devenue la scène et le symbole aux yeux du monde, ils entendent bel et bien crever les yeux de celles et ceux à même de la voir.

Du printemps arabe à l’hiver égyptien, l’opinion publique internationale a, semble-t-il, détourné le regard. Si l’émotion suscitée par le surgissement d’un peuple égyptien que l’on pensait, comme d’autres (tunisiens, palestiniens, syriens, lybiens, etc.) ; condamné à subir son régime n’était pas, de la part des démocrates du monde entier, une passade ou un vain caprice, ceux-ci ne peuvent aujourd’hui demeurer aveugles et sans voix devant une telle répression, sauf à s’en rendre complices. Il leur appartient d’exiger la fin de telles exactions et de relayer fermement auprès de  leurs gouvernements ces exigences, afin qu’ils prennent les mesures propres à les faire cesser : a  minima en assurant qu’aucune exportation d’armes ou de gaz ne contribue à les rendre possibles.

Le Collège International de Philosophie a relayé et soutenu ces derniers mois les prises de position des intellectuels du monde arabe ; sachant que la philosophie a amplement montré combien la politique, sauf à se ramener à un théâtre d’ombres, requiert de rendre le pouvoir visible et de donner de la voix, il en appelle à la conscience et à la citoyenneté de chacun : ne laissons pas la pire répression étouffer le possible sans réagir.

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