Transformations du quotidien : entre réflexion et expérience irréfléchie
La vie quotidienne voit aujourd’hui un renouveau d’intérêt théorique, surtout dans le cadre de la recherche phénoménologique. Mais il se trouve trop souvent que la réflexion philosophique se déclare d’emblée extérieure au quotidien qu’elle décrit, de sorte qu’on masque les liens qui existent entre la réflexion et l’expérience quotidienne, censée rester irréfléchie.
Je propose de concevoir le quotidien comme une tissue de liens réciproques (sociaux, linguistiques, psychologiques, esthétiques…) qui se trouvent dans un processus constant de transformation et de fondation, dans lequel participe également l’activité de la réflexion. Le quotidien n’est donc pas une expérience purement irréfléchie, indépendante de la réflexion qui la thématise. L’irréfléchi et la réflexion se mêlent dans cette expérience, empêchant d’atteindre un domaine irréfléchi pur. De surcroît, le quotidien n’a pas un niveau stable de force et de dynamisme. Il peut être plus ou moins figé ou vivant, plus ou moins éteint ou éveillé, et toute la question est de savoir quels sont les mécanismes qui sont en jeu dans sa variable énergie et quels sont les moyens de la ranimer ou de la ralentir.
Suivant Husserl, Heidegger et Merleau-Ponty, je m’appuierai sur la méthode phénoménologique décrivant l’expérience vécue, tout en essayant d'éviter l'écueil d'une tendance à employer une notion transcendantale puriste (Husserl) ou primordialiste (Heidegger, Merleau-Ponty) de la subjectivité. Je voudrais montrer que l’expérience vécue n’est jamais exempte d’une certaine forme d’idéalisation, car elle est toujours submergée de catégories linguistiques qui la composent et agissent sur elle.
Ensuite, la théorie psychanalytique (notamment Freud et Lacan) et la théorie sociale de l’Ecole de Frankfort seront mises à l’œuvre afin de mieux comprendre d’une part la résistance du sujet au renouvellement du quotidien, et d’autre part la situation historique de notre quotidien, dans une époque nommée moderne ou postmoderne. Je tâcherai de voir comment la pratique intellectuelle, selon l’Ecole de Frankfort, et la pratique thérapeutique, selon la psychanalyse, peuvent agir sur le quotidien et le changer.
Cette analyse multiple débouchera sur une explicitation des mécanismes qui agissent sur l’expérience quotidienne, tout en reconnaissant le fait que cette expérience excède par sa nature tout cadre notionnel strict. Les limites de l'ensemble des approches théoriques existantes seront soumises à la critique, non pas pour dénoncer la théorie au nom d’une prétendue expérience subjective spontanée, irréfléchie et non problématique, mais, au contraire, en vue de développer des instruments théoriques et empiriques attentifs à l’expérience subjective contemporaine
/ Bibliographie
Sexuality and Psychoanalysis: Philosophical Criticisms, (dir. avec Jens De Vlemnick), Leuven University Press, Leuven, 2010.
“L’art au quotidien: de Merleau-Ponty à Benjamin,” in L’Oeil et l’Esprit: Merleau-Ponty entre art et philosophie, (dir) L. Vinciguerra et F. Bourlez, Epure, Reims, 2010.
Direction scientifique et introduction à la traduction en hébreu de L’invention du quotidien de Michel de Certeau, Tel Aviv : Resling
Réapprendre à voir le monde. Merleau-Ponty face au miroir lacanien, Dordrecht : Springer (coll. Phaenomenologica n° 179), 2007
“ Perception, freedom and radical reflection ", in T. Baldwin (ed.), Reading Merleau-Ponty, London & New-York : Routledge, 2007
" Reconnaître ou méconnaître ? Approches phénoménologiques et psychanalytiques de la constitution d’autrui ", in G.W. Bertram (dir.), Socialité et reconnaissance: grammaires de l'humain, Paris: L’Harmattan, 2007
" La parole qui voit, la vision qui parle. De la question du Logos dans Etre etTemps ", in Revue Philosophique de Louvain, 104:1, 2006
" Normality and pathology: towards a therapeutic phenomenology ", in Journal of the British Society for Phenomenology, 36:1, 2005
/ Autres directeurs
/ Les directeurs de programme
L'activité philosophique, scientifique et de recherche est animée par une assemblée collégiale composée de 50 « Directeurs de programme » nommés pour six ans.
Une direction de programme est conçue comme la mise en oeuvre d'un programme de recherche original, cohérent, destiné à se développer sur une période de six ans. Expérimentation, consistance et progressivité sont les caractéristiques de cette activité.
En général, une direction de programme s'articule autour d'un séminaire qui définit la problématique générale de la recherche et assure à celle-ci une certaine publicité. Mais le séminaire ne représente qu'un noyau initial sur lequel se greffent d'autres éléments.
En effet, un Directeur de programme peut :
conduire un séminaire en invitant éventuellement intervenants et conférenciers
écrire des textes destinés à publication ; coordonner un numéro de la revue Rue Descartes
établir des relations tant avec d'autres organismes de recherche (CNRS, EHESS, MSH, ENS, Universités, Collège de France, etc.), qu'avec des institutions culturelles (CIté des Sciences et de l'Industrie, Instituts culturels étrangers, IRCAM, musées, etc.), ouvrir ainsi un espace de réflexion permettant de regrouper des personnes issues de milieux professionnels divers
prendre l'initiative de journées d'étude, de colloques, de samedis du livre
mettre en place un groupe de travail, un atelier (par exemple de lecture collective ou pour préparer des publications)
proposer et conduire des activités de formation continue
animer une activité de traduction et participer à la réflexion générale sur les enjeux philosophiques de la traduction, réflexion qui trouve au Collège une place privilégiée du fait de sa dimension internationale
diriger les travaux de candidats au Diplôme du Collège international de philosophie
participer aux instances du Collège (Conseil, Comité de lecture)
Il appartient à chaque directeur de programme de coordonner un certain nombre de ces activités selon son choix et le déroulement de son programme.
L'ensemble des directeurs de programme forme l'assemblée collégiale, qui définit et met en oeuvre les recherches menées au sein du Collège international de philosophie.
La charge de directeur de programme requiert la participation à la vie et aux tâches collégiales :
assemblées collégiales, commissions, participation éventuelle au conseil, examen des propositions de séminaires.
Les directeurs de programme disposent des moyens suivants :
mise à disposition de salles pour séminaires et conférences ;
accès sous certaines conditions à des crédits de fonctionnement
Une direction de programme peut se tenir à Paris, en province ou à l'étranger.
Le Collège international de philosophie confie aux directeurs de programme installés en province ou à l'étranger le développement de ses relations avec les institutions et collectivités locales.