Monument. Nonument. Politique de l'image mémorielle, esthétique de la mémoire matérielle
Il y a parfois des moments fondamentaux où le passé se cristallise dans une image, se fixe autour d’un objet sensible et là, en même temps, survit et se transforme selon la constante modification des modalités réceptives de l’objet dans l’histoire. Engagé dans cette dialectique de répétition (de ce qui a été) et reconstruction (de ce qui a toujours été parce que, à proprement parler, n’a jamais été) – ou, en d’autres termes, d’histoire et mythe –, le passé se fige dans monuments, au sens propre des mots allemands Denkmal, Mahnmal (à la lettre « tache », Mal, « de la pensée », Denken, ou « de l’avertissement », Mahnen). En disant « monument », on pense donc à la tache comme lieu de rencontre et de collision, dans le présent, du passé et du futur. Bref : on tombe ici sur un véritable chronotype de rencontre/collision, valide à la fois pour l’individu et la communauté. Le monument représente donc une trace physiognomiquement inscrite dans le visage des villes, la surface des paysages, le commun sentir comme tissu connectif anonyme de nos expériences. En rappelant le sens original du mot latin monumentum (qui vient du verbe monere, aussi « faire rappeler » que « faire penser », « aviser », « mettre en garde », « exhorter », « conseiller », « inspirer » et enfin « prédire » et « annoncer »), cette trace transmet le passé au présent en vue de l’éclosion d’un horizon futur.
Le projet entend approfondir la question de la monumentalité comme lieu de convergence de certains axes polaires fondamentaux de l’expérience humaine : temps/espace, mémoire/oubli, présence/représentation, individu/communauté, construction/destruction, vie/mort. En suivant ces directives, le projet s’articule essentiellement en six moments:
1. la relation entre mise en image et mémoire sociale et collective ;
2. la question de la présence de l’absence et de l’absence de la présence, c’est à dire le problème de la genèse du monument à partir de la représentation du corps mort, du cadavre ;
3. l’histoire et la sémantique de l’idée de « monumental » dans la pensée esthétique et politique occidentale ;
4. les principales modalités de négation du monument (vandalisme, censure, iconoclasmes et iconophobies) ;
5. le rôle du monumental dans la culture du XXe siècle (comparaison des stratégies monumentales des sociétés totalitaires et libérales) ;
6. poétiques et pratiques de l’anti- et de la contre-monumentalité contemporaine (le « nonument » comme non-monument).
Le projet embrasse donc au moins trois des quatre intersections qui caractérisent les activités du CIPH: « Philosophie/art et littérature » (par rapport à la relation entre le monument comme image mémorielle et l’esthétique, l’histoire des arts visuels et de l’architecture) ; « Philosophie/politique et société » (voir le rapport de la monumentalité avec les questions de l’identité communautaire, de la propagande idéologique et de la polarité ami/ennemi) ; « Philosophie/sciences et sciences humaines » (en ce qui concerne la relation fondamentale que la question de l’image monumentale en tant que présentation d’une absence entretient avec la psychologie historique, l’anthropologie culturelle et la thanatologie).
/ Bibliographie
Livres: Le revers de l’image. Droite et gauche dans l’art (Il rovescio dell’immagine. Destra e sinistra nell’arte, Tre Lune, Mantova 2010).
Théories de l’image. Le débat contemporaine(Teorie dell’immagine. Il dibattito contemporaneo), s/s la dir. A. Pinotti et A. Somaini, Cortina, Milano 2009 (textes de G. Boehm, H. Belting, H. Bredekamp, L. Marin, G. Didi-Huberman, B. Latour, M. Bal, W.J.T. Mitchell, J. Elkins, D. Freedberg, V. Gallese).
David Katz, Mais El Greco était-il vraiment astigmatique? (Ma El Greco era davvero astigmatico?), s/s la dir. A. Pinotti, Armando Editore, Roma 2009.
Esthétique de la peinture (Estetica della pittura, il Mulino, Bologna 2007)
Articles:
" Interroger l’ornement après Riegl. Points de vue " , dibattito con Peter Fuhring, Andrea Pinotti e Gilles Sauron, coordinato da Patricia Falguières, in Perspective. La revue de l’INHA”, 1, 2010-2011 (numero dedicato a Ornement / Ornemental), pp. 43-55.
“Dingsuche. Der Essayist Georg Simmel”, in Maurizio Pirro-Marina Marzia Brambilla (Hrsg.), Wege des essayistisches Schreibens im deutschsprachigen Raum (1900-1920), Amsterdamer Beiträge zur neueren Germanistik, Rodopi, Amsterdam – New York 2010, pp. 11-27.
"Symbolic form and symbolic formula: Cassirer and Warburg on morphology (between Goethe and Vischer)", in Cassirer Studies, 1, 2008 (“Philosophy and Iconology”), pp. 119-135.
/ Autres directeurs
/ Les directeurs de programme
L'activité philosophique, scientifique et de recherche est animée par une assemblée collégiale composée de 50 « Directeurs de programme » nommés pour six ans.
Une direction de programme est conçue comme la mise en oeuvre d'un programme de recherche original, cohérent, destiné à se développer sur une période de six ans. Expérimentation, consistance et progressivité sont les caractéristiques de cette activité.
En général, une direction de programme s'articule autour d'un séminaire qui définit la problématique générale de la recherche et assure à celle-ci une certaine publicité. Mais le séminaire ne représente qu'un noyau initial sur lequel se greffent d'autres éléments.
En effet, un Directeur de programme peut :
conduire un séminaire en invitant éventuellement intervenants et conférenciers
écrire des textes destinés à publication ; coordonner un numéro de la revue Rue Descartes
établir des relations tant avec d'autres organismes de recherche (CNRS, EHESS, MSH, ENS, Universités, Collège de France, etc.), qu'avec des institutions culturelles (CIté des Sciences et de l'Industrie, Instituts culturels étrangers, IRCAM, musées, etc.), ouvrir ainsi un espace de réflexion permettant de regrouper des personnes issues de milieux professionnels divers
prendre l'initiative de journées d'étude, de colloques, de samedis du livre
mettre en place un groupe de travail, un atelier (par exemple de lecture collective ou pour préparer des publications)
proposer et conduire des activités de formation continue
animer une activité de traduction et participer à la réflexion générale sur les enjeux philosophiques de la traduction, réflexion qui trouve au Collège une place privilégiée du fait de sa dimension internationale
diriger les travaux de candidats au Diplôme du Collège international de philosophie
participer aux instances du Collège (Conseil, Comité de lecture)
Il appartient à chaque directeur de programme de coordonner un certain nombre de ces activités selon son choix et le déroulement de son programme.
L'ensemble des directeurs de programme forme l'assemblée collégiale, qui définit et met en oeuvre les recherches menées au sein du Collège international de philosophie.
La charge de directeur de programme requiert la participation à la vie et aux tâches collégiales :
assemblées collégiales, commissions, participation éventuelle au conseil, examen des propositions de séminaires.
Les directeurs de programme disposent des moyens suivants :
mise à disposition de salles pour séminaires et conférences ;
accès sous certaines conditions à des crédits de fonctionnement
Une direction de programme peut se tenir à Paris, en province ou à l'étranger.
Le Collège international de philosophie confie aux directeurs de programme installés en province ou à l'étranger le développement de ses relations avec les institutions et collectivités locales.