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Séminaire Philosophie/Arts et littérature

Écrans philosophiques – La reproduction des images Montreuil-Taipei

Jérôme LÈBRE

dateDate : 21/04/2017 heure Début : 19h -> Fin :  O.K.

lieu Adresse : Musée de l'Université Nationale de l'Éducation de Taipei (MoNTUE, Tapei, Taiwan)

Résumé :


Les « Écrans philosophiques » de Montreuil coopèrent depuis l’an dernier avec ceux de Taipei. Le nouveau thème commun s’intitule « La reproduction des images ». Chaque film présenté redonne sens à une ou plusieurs images venue(s) d’ailleurs. Ainsi la peinture, la photographie, le cinéma lui-même deviennent des « sujets » qui traversent, interrompent, ou redoublent le récit ; l’effet de l’image se multiplie dans le temps et l’espace, le réel gagne en opacité ou en transparence, il saute plusieurs fois aux yeux. Chaque intervenant suivra ce thème tout en poursuivant dans le même temps le fil de ses propres réflexions philosophiques.

Programme des séances à Montreuil :

Organisateurs : Annie Agopian (Maison populaire de Montreuil), Stéphane Goudet (Cinéma Le Méliès), Jérôme Lèbre (CIPh), et Éric Lecerf, consultant (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis).

Cinéma Le Méliès, Montreuil, Tél. 01 48 70 69 13
Le prix de la séance, conférence comprise, est de 6 euros pour le plein tarif, 4 euros pour le tarif réduit (moins de 26 ans, allocataires des minima sociaux, demandeurs d’emploi, retraités, porteurs d’un handicap + place gratuite pour un accompagnateur, familles nombreuses et groupes), 5 euros pour le tarif abonnés.




Jeudi 23 février, 20h30 
Voir et appeler Frankenstein
Film : L’Esprit de la ruche de Victor Erice (Espagne, 1973, 97 min)
Présenté par Jérôme Lèbre (CIPh)

« C’est l’histoire de deux sœeurs qui ont rencontré Frankenstein et survécu… car elles n’ont vu “que” le film américain de 1931 où le célèbre monstre, crée vivant à côté de la vie, laisse sans vie la jeune fille qu’il rencontre. Tout tourne autour de ce court épisode que la grande sœur, Isabel, interprète pour la petite Ana, en lui affirmant que tout est faux dans ce film, que Frankenstein n’a tué personne et qu’il est toujours là, tout prêt, comme un esprit qu’il suffit d’invoquer. Erice va bien au-delà de l’idée que l’image traumatisante s’imprègne dans l’esprit des enfants : décidément absente hors du film, l’image a pris l’extension du réel, ou d’un paysage de Castille ; elle perd son horreur dans une inquiétude diffuse, presque transparente ; elle devient le filtre décalé et poétique qui autorise Ana à voir autrement les horreurs de son temps. Alors que les Franquistes tentent d’éliminer les derniers combattants républicains, la résistance s’organise dans l’esprit d’une enfant ; maintenant Frankenstein a rendu la survie possible.  »
Jérôme Lèbre

Jeudi 16 mars, 20h30
Le cinéma mis en scène
Film : Persona d’Ingmar Bergman (Suède, 1966, 80 min)
Présenté par Mazarine Pingeot (Université Paris 8)

« Persona raconte la convalescence d’une actrice célèbre de théâtre, Elizabeth Vogler, qui a perdu la parole au milieu d’une tirade d’Electre. Devant son silence, c’est Alma, son infirmière, qui se laisse peu à peu aller aux confidences. Mais la relation est bouleversée par la trahison d’Elizabeth qui divulgue ces confidences à son médecin.
Ce film de Bergman traite une fois de plus du cinéma, d’abord à travers le choix des comédiennes, qui toutes deux furent ses compagnes, mais aussi des interprètes récurrentes de ses films, ensuite, par le choix des personnages, une actrice mutique, un lieu clos, blanc, des visages qui sont autant de masques, et l’inquiétude d’une identité floue, qui passe d’un personnage à l’autre… Mais c’est surtout dans le prologue que le cinéma est mis en scène, non pas comme un hommage, mais réellement comme une mise au jour de son essence même, de son émergence, de sa source. Un cinéma qui travaille incessamment sur ce que c’est que le cinéma est nécessairement un cinéma philosophique, qui n’oublie jamais néanmoins de raconter des histoires… »
Mazarine Pingeot




Jeudi 27 avril, 20h30
Le prophète télévisuel comme photogramme du pouvoir
Film : Network : Main basse sur la télévision de Sidney Lumet (États-Unis, 1976, 121 min)
Présenté par Éric Lecerf (maître de conférences à l’Université Paris 8, ancien directeur de programme au CIPh)

« Réalisé il y a quarante ans, Network de Sidney Lumet conserve une actualité étonnante. Le monde des médias auquel il est consacré a pourtant connu au cours de ces dernières décennies une transformation d’une intensité équivalente à celle qui séparait ce moment de la création des premiers organes de presse. Cela tient pour partie au personnage d’Howard Beale dont l’emprise sur le public n’est pas sans rappeler les ressorts mobilisés dans la période récente par un Donald Trump. Sidney Lumet place cependant son propos sur un autre niveau d’interprétation que celui d’une simple accusation de la démagogie où médias et politiques se confondent comme instruments d’une puissance économique. Cette réflexion est certes présente dans son film, au même titre que cela était le cas dans Meet John Doe (1941) de Frank Capra ou A face in the crowd (1957) d’Elia Kazan, mais elle est jointe à une volonté de déconstruire ce qui fonde une relation entre intentionnalité de l’image et consentement ; ce qui fait notamment que la réification s’apparente plus désormais à un désir qu’à une contrainte. Négatif aux contours lumineux, le prophète cathodique Howard Beale sera ainsi interrogé au titre de l’épuisement de la critique dont il paraît être un symptôme. »
Éric Lecerf

Jeudi 18 mai, 20h30
Reproduire et détruire les images de l’Amérique
Film : Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni (Italie/États-Unis, 1970, 107 min).
Présenté par Jérôme Rosanvallon (CIPh)

« Des étudiants grévistes qui occupent la fac, des armes librement achetées sous prétexte d’auto-défense raciste, des policiers qui abattent sans sommation un Noir, un innocent accusé à tort, des publicités à chaque recoin de rue et en plein désert, un road-trip au cœur de Death Valley, un avion qui vous poursuit et vous renverse, une renaissance sexuelle vécue comme un devenir végétal-minéral, un promoteur milliardaire qui vend du rêve mortifère, une Indienne au service des riches Blancs : Antonioni recrée en 1970 dans Zabriskie Point toutes les images passées et présentes de l’Amérique. Mais ne serait-ce pas l’Amérique qui rejoue aussi jusqu’à aujourd’hui toutes les images de Zabriskie Point ? L’enjeu du film est moins de raconter une histoire que de chercher une issue : que faire du système d’images que reproduit sans fin le capitalisme ? N’est-on pas condamné à en faire partie ? La révolution collective, organisée et armée, ou la ligne de fuite individuelle, hédoniste et ironique, suffisent-ils à nous en sortir ? Comment conduire le système jusqu’à l’implosion – mais une implosion filmique, créatrice et non pas terroriste, destructrice ?
Ainsi est atteint le point centrifuge, excentrique, où circuler produit le vide qui vous absorbe. Ce moment de vertige est aussi celui de l’effondrement potentiel. Non pas tellement par la fatigue propre à la distance et à la chaleur, à l’avancée dans le désert visible de l’espace, mais à l’avancée irréversible dans le désert du temps (Baudrillard, “Vanishing Point”, Amérique, Grasset, 1986). »
Jérôme Rosanvallon

___________________________

Programme des séances à Taipei :

Organisateurs : Jean-Yves Heurtebise (Université Catholique FuJen) et Lin Chi-Ming (Université Nationale de l'Éducation de Taipei).

Musée de l'Université Nationale de l'Éducation de Taipei (MoNTUE, Taipei, Taiwan) http://montue.ntue.edu.tw/
Toutes les séances sont gratuites (nombre de places limité).


Vendredi 21 avril, 19 h
Un « anti-remake » insoupçonné de Voyage à Tokyo et ses trois énigmes
Film : Café Lumière de Hou Hsiao-Hsien (Japon/Taïwan, 2004, 109 min)
Présenté par Liu Kuang-Neng (ancien professeur émérite à l’Université Nationale Centrale)

« Hou Hsiao-Hsien (1947-), emblème de la Nouvelle Vague taiwanaise, réalise en 2003 Café Lumière (Kafei shiguang ou Kôhî Jiko), un film commandé par Shochiku, société de production japonaise, pour célébrer le 100e anniversaire du grand Ozu Yasujiro (1903-1963). Parmi les approches potentielles auxquelles le film se prête, une certaine “critique génétique” s’impose, susceptible d’offrir sur lui une vue globale, pénétrante et même attrayante. Contrairement à son apparence confuse, le film se structure tel un récit policier qui livre dans les dernières minutes ses secrets préparés dès les premiers plans. Mieux encore, s’il est vrai qu’il n’a rien à voir avec un “remake”, une reprise similaire telle que Tokyo Kazoku (2013) de Yamada Yoji (1931-), il s’interprète pourtant comme un calque à l’envers du chef d’œuvre Voyage à Tokyo (Tôkyo monogatari, 1953) d’Ozu. Soit un “anti-remake” vraisemblablement jamais vu dans l’histoire du cinéma mondial et, en outre, inconscient de la part du réalisateur. Quant à l’esprit Zen cher à Ozu, il n’est pas exagéré de dire que Hou va ici bien plus loin que lui dans cette voie, au moyen de son esthétique propre qui se rapproche de cette fameuse pensée selon laquelle “le Tao s’exerce constamment par le non-agir” et qui atteint ici un accomplissement plus qu’extraordinaire. »
Liu Kuang-Neng


Vendredi 28 avril, 19 h
Montrer la peinture au cinéma : Van Gogh chez Resnais et Kurosawa
Films : Van Gogh d'Alain Resnais (France, 1949, 18 min) et Rêves de Kurosawa (Japon, 1990, 119 min)
Présenté par Jean-Yves Heurtebise (maître de conférences à l’Université Catholique FuJen)

« Le but de cette séance est de mettre en parallèle deux œuvres filmiques qui sont en rapport entre elles via un rapport commun à une autre imagerie extérieure au cinéma : la peinture et celle de Van Gogh en particulier dans le film-documentaire éponyme d’Alain Resnais et l’épisode des corbeaux du film Rêves de Kurosawa. Cette séance permettra d’évoquer 1. Le rapport entre cinéma et peinture ; 2. Les rapports entre Resnais et Kurosawa ; 3. Les rapports de Resnais et Kurosawa avec la peinture en général et Van Gogh en particulier. La manière dont Resnais explore la toile avec la caméra à la fois rappelle la mise en scène par Kurosawa d’un visiteur japonais de Musée arpentant les œuvres autant qu’elle en diffère et illustre deux manières différentes de penser le rapport à l’art et à la mémoire. »
Jean-Yves Heurtebise

Vendredi 19 mai, 19 h
A Remake of Hitchcock’s Vertigo
Film : Suzhou River de Lou Ye (Allemagne/France/Chine, 2000, 83 min)
Présenté par Lin Chi-ming (professeur à l’Université Nationale de l’Éducation de Taipei)


Vendredi 26 mai, 19 h
De la case à l’écran : translation et transmédiation dans le Transperceneige
Film : Transperceneige de Bong Joon-ho (États-Unis/France/Corée du Sud, 2013, 126 min)
Présenté par Valentin Nussbaum (maître de conférences à l’Université Nationale Normale de Taipei)

« Récit post-apocalyptique mettant en scène le confinement de survivants de l’espèce humaine dans un train, Snowpiercer réalisé en 2013 par le sud-coréen Bong Joon-ho, s’inspire de la bande dessinée française Le Transperceneige de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette. Publiée en épisodes dans les années 1982 et 1983 à partir des seize planches “mythiques” que le dessinateur Alexis avait laissées peu avant sa mort en 1977, la version graphique originale présente de nombreux éléments propices à une adaptation cinématographique, et ce, à commencer par le motif du train. »
Valentin Nussbaum




Vendredi 2 juin, 19 h
Love, Money and Ghosts
Film : The Heiress de William Wyler (États-Unis, 1949, 115 min) et Washington Square d'Agnieszka Holland (États-Unis, 1997), d'après le roman d'Henry Jame's Washington Square
Présenté par Kai Marchal (maître de conférences à l’Université Soochow)

« Henry James était obsédé par l’amour, l’argent et les fantômes. Dans Washington Square (écrit en 1880) il dépeint le conflit entre l’amour romantique et l’attraction pour l’argent. Nous entendons entamer une discussion critique de Washington Square, remake d’une première adaptation intitulée The Heiress. Est-ce que l’approche de l’amour et de l’argent a changé entre 1949 et 1997 ? Et s’il en est ainsi, que ce changement nous dit-il sur les transformations de la société capitaliste ? »
Kai Marchal

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Séminaire Philosophie/Arts et littérature

Écrans philosophiques – La reproduction des images Montreuil-Taipei

Jérôme LÈBRE

dateDate : 27/04/2017 heure Début : 20h30 -> Fin : 23h30  O.K.

lieu Adresse : Cinéma Le Méliès, 12 place Jean Jaurès, 93100 Montreuil

Résumé :


Les « Écrans philosophiques » de Montreuil coopèrent depuis l’an dernier avec ceux de Taipei. Le nouveau thème commun s’intitule « La reproduction des images ». Chaque film présenté redonne sens à une ou plusieurs images venue(s) d’ailleurs. Ainsi la peinture, la photographie, le cinéma lui-même deviennent des « sujets » qui traversent, interrompent, ou redoublent le récit ; l’effet de l’image se multiplie dans le temps et l’espace, le réel gagne en opacité ou en transparence, il saute plusieurs fois aux yeux. Chaque intervenant suivra ce thème tout en poursuivant dans le même temps le fil de ses propres réflexions philosophiques.

Programme des séances à Montreuil :

Organisateurs : Annie Agopian (Maison populaire de Montreuil), Stéphane Goudet (Cinéma Le Méliès), Jérôme Lèbre (CIPh), et Éric Lecerf, consultant (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis).

Cinéma Le Méliès, Montreuil, Tél. 01 48 70 69 13
Le prix de la séance, conférence comprise, est de 6 euros pour le plein tarif, 4 euros pour le tarif réduit (moins de 26 ans, allocataires des minima sociaux, demandeurs d’emploi, retraités, porteurs d’un handicap + place gratuite pour un accompagnateur, familles nombreuses et groupes), 5 euros pour le tarif abonnés.




Jeudi 23 février, 20h30 
Voir et appeler Frankenstein
Film : L’Esprit de la ruche de Victor Erice (Espagne, 1973, 97 min)
Présenté par Jérôme Lèbre (CIPh)

« C’est l’histoire de deux sœeurs qui ont rencontré Frankenstein et survécu… car elles n’ont vu “que” le film américain de 1931 où le célèbre monstre, crée vivant à côté de la vie, laisse sans vie la jeune fille qu’il rencontre. Tout tourne autour de ce court épisode que la grande sœur, Isabel, interprète pour la petite Ana, en lui affirmant que tout est faux dans ce film, que Frankenstein n’a tué personne et qu’il est toujours là, tout prêt, comme un esprit qu’il suffit d’invoquer. Erice va bien au-delà de l’idée que l’image traumatisante s’imprègne dans l’esprit des enfants : décidément absente hors du film, l’image a pris l’extension du réel, ou d’un paysage de Castille ; elle perd son horreur dans une inquiétude diffuse, presque transparente ; elle devient le filtre décalé et poétique qui autorise Ana à voir autrement les horreurs de son temps. Alors que les Franquistes tentent d’éliminer les derniers combattants républicains, la résistance s’organise dans l’esprit d’une enfant ; maintenant Frankenstein a rendu la survie possible.  »
Jérôme Lèbre

Jeudi 16 mars, 20h30
Le cinéma mis en scène
Film : Persona d’Ingmar Bergman (Suède, 1966, 80 min)
Présenté par Mazarine Pingeot (Université Paris 8)

« Persona raconte la convalescence d’une actrice célèbre de théâtre, Elizabeth Vogler, qui a perdu la parole au milieu d’une tirade d’Electre. Devant son silence, c’est Alma, son infirmière, qui se laisse peu à peu aller aux confidences. Mais la relation est bouleversée par la trahison d’Elizabeth qui divulgue ces confidences à son médecin.
Ce film de Bergman traite une fois de plus du cinéma, d’abord à travers le choix des comédiennes, qui toutes deux furent ses compagnes, mais aussi des interprètes récurrentes de ses films, ensuite, par le choix des personnages, une actrice mutique, un lieu clos, blanc, des visages qui sont autant de masques, et l’inquiétude d’une identité floue, qui passe d’un personnage à l’autre… Mais c’est surtout dans le prologue que le cinéma est mis en scène, non pas comme un hommage, mais réellement comme une mise au jour de son essence même, de son émergence, de sa source. Un cinéma qui travaille incessamment sur ce que c’est que le cinéma est nécessairement un cinéma philosophique, qui n’oublie jamais néanmoins de raconter des histoires… »
Mazarine Pingeot




Jeudi 27 avril, 20h30
Le prophète télévisuel comme photogramme du pouvoir
Film : Network : Main basse sur la télévision de Sidney Lumet (États-Unis, 1976, 121 min)
Présenté par Éric Lecerf (maître de conférences à l’Université Paris 8, ancien directeur de programme au CIPh)

« Réalisé il y a quarante ans, Network de Sidney Lumet conserve une actualité étonnante. Le monde des médias auquel il est consacré a pourtant connu au cours de ces dernières décennies une transformation d’une intensité équivalente à celle qui séparait ce moment de la création des premiers organes de presse. Cela tient pour partie au personnage d’Howard Beale dont l’emprise sur le public n’est pas sans rappeler les ressorts mobilisés dans la période récente par un Donald Trump. Sidney Lumet place cependant son propos sur un autre niveau d’interprétation que celui d’une simple accusation de la démagogie où médias et politiques se confondent comme instruments d’une puissance économique. Cette réflexion est certes présente dans son film, au même titre que cela était le cas dans Meet John Doe (1941) de Frank Capra ou A face in the crowd (1957) d’Elia Kazan, mais elle est jointe à une volonté de déconstruire ce qui fonde une relation entre intentionnalité de l’image et consentement ; ce qui fait notamment que la réification s’apparente plus désormais à un désir qu’à une contrainte. Négatif aux contours lumineux, le prophète cathodique Howard Beale sera ainsi interrogé au titre de l’épuisement de la critique dont il paraît être un symptôme. »
Éric Lecerf

Jeudi 18 mai, 20h30
Reproduire et détruire les images de l’Amérique
Film : Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni (Italie/États-Unis, 1970, 107 min).
Présenté par Jérôme Rosanvallon (CIPh)

« Des étudiants grévistes qui occupent la fac, des armes librement achetées sous prétexte d’auto-défense raciste, des policiers qui abattent sans sommation un Noir, un innocent accusé à tort, des publicités à chaque recoin de rue et en plein désert, un road-trip au cœur de Death Valley, un avion qui vous poursuit et vous renverse, une renaissance sexuelle vécue comme un devenir végétal-minéral, un promoteur milliardaire qui vend du rêve mortifère, une Indienne au service des riches Blancs : Antonioni recrée en 1970 dans Zabriskie Point toutes les images passées et présentes de l’Amérique. Mais ne serait-ce pas l’Amérique qui rejoue aussi jusqu’à aujourd’hui toutes les images de Zabriskie Point ? L’enjeu du film est moins de raconter une histoire que de chercher une issue : que faire du système d’images que reproduit sans fin le capitalisme ? N’est-on pas condamné à en faire partie ? La révolution collective, organisée et armée, ou la ligne de fuite individuelle, hédoniste et ironique, suffisent-ils à nous en sortir ? Comment conduire le système jusqu’à l’implosion – mais une implosion filmique, créatrice et non pas terroriste, destructrice ?
Ainsi est atteint le point centrifuge, excentrique, où circuler produit le vide qui vous absorbe. Ce moment de vertige est aussi celui de l’effondrement potentiel. Non pas tellement par la fatigue propre à la distance et à la chaleur, à l’avancée dans le désert visible de l’espace, mais à l’avancée irréversible dans le désert du temps (Baudrillard, “Vanishing Point”, Amérique, Grasset, 1986). »
Jérôme Rosanvallon

___________________________

Programme des séances à Taipei :

Organisateurs : Jean-Yves Heurtebise (Université Catholique FuJen) et Lin Chi-Ming (Université Nationale de l'Éducation de Taipei).

Musée de l'Université Nationale de l'Éducation de Taipei (MoNTUE, Taipei, Taiwan) http://montue.ntue.edu.tw/
Toutes les séances sont gratuites (nombre de places limité).


Vendredi 21 avril, 19 h
Un « anti-remake » insoupçonné de Voyage à Tokyo et ses trois énigmes
Film : Café Lumière de Hou Hsiao-Hsien (Japon/Taïwan, 2004, 109 min)
Présenté par Liu Kuang-Neng (ancien professeur émérite à l’Université Nationale Centrale)

« Hou Hsiao-Hsien (1947-), emblème de la Nouvelle Vague taiwanaise, réalise en 2003 Café Lumière (Kafei shiguang ou Kôhî Jiko), un film commandé par Shochiku, société de production japonaise, pour célébrer le 100e anniversaire du grand Ozu Yasujiro (1903-1963). Parmi les approches potentielles auxquelles le film se prête, une certaine “critique génétique” s’impose, susceptible d’offrir sur lui une vue globale, pénétrante et même attrayante. Contrairement à son apparence confuse, le film se structure tel un récit policier qui livre dans les dernières minutes ses secrets préparés dès les premiers plans. Mieux encore, s’il est vrai qu’il n’a rien à voir avec un “remake”, une reprise similaire telle que Tokyo Kazoku (2013) de Yamada Yoji (1931-), il s’interprète pourtant comme un calque à l’envers du chef d’œuvre Voyage à Tokyo (Tôkyo monogatari, 1953) d’Ozu. Soit un “anti-remake” vraisemblablement jamais vu dans l’histoire du cinéma mondial et, en outre, inconscient de la part du réalisateur. Quant à l’esprit Zen cher à Ozu, il n’est pas exagéré de dire que Hou va ici bien plus loin que lui dans cette voie, au moyen de son esthétique propre qui se rapproche de cette fameuse pensée selon laquelle “le Tao s’exerce constamment par le non-agir” et qui atteint ici un accomplissement plus qu’extraordinaire. »
Liu Kuang-Neng


Vendredi 28 avril, 19 h
Montrer la peinture au cinéma : Van Gogh chez Resnais et Kurosawa
Films : Van Gogh d'Alain Resnais (France, 1949, 18 min) et Rêves de Kurosawa (Japon, 1990, 119 min)
Présenté par Jean-Yves Heurtebise (maître de conférences à l’Université Catholique FuJen)

« Le but de cette séance est de mettre en parallèle deux œuvres filmiques qui sont en rapport entre elles via un rapport commun à une autre imagerie extérieure au cinéma : la peinture et celle de Van Gogh en particulier dans le film-documentaire éponyme d’Alain Resnais et l’épisode des corbeaux du film Rêves de Kurosawa. Cette séance permettra d’évoquer 1. Le rapport entre cinéma et peinture ; 2. Les rapports entre Resnais et Kurosawa ; 3. Les rapports de Resnais et Kurosawa avec la peinture en général et Van Gogh en particulier. La manière dont Resnais explore la toile avec la caméra à la fois rappelle la mise en scène par Kurosawa d’un visiteur japonais de Musée arpentant les œuvres autant qu’elle en diffère et illustre deux manières différentes de penser le rapport à l’art et à la mémoire. »
Jean-Yves Heurtebise

Vendredi 19 mai, 19 h
A Remake of Hitchcock’s Vertigo
Film : Suzhou River de Lou Ye (Allemagne/France/Chine, 2000, 83 min)
Présenté par Lin Chi-ming (professeur à l’Université Nationale de l’Éducation de Taipei)


Vendredi 26 mai, 19 h
De la case à l’écran : translation et transmédiation dans le Transperceneige
Film : Transperceneige de Bong Joon-ho (États-Unis/France/Corée du Sud, 2013, 126 min)
Présenté par Valentin Nussbaum (maître de conférences à l’Université Nationale Normale de Taipei)

« Récit post-apocalyptique mettant en scène le confinement de survivants de l’espèce humaine dans un train, Snowpiercer réalisé en 2013 par le sud-coréen Bong Joon-ho, s’inspire de la bande dessinée française Le Transperceneige de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette. Publiée en épisodes dans les années 1982 et 1983 à partir des seize planches “mythiques” que le dessinateur Alexis avait laissées peu avant sa mort en 1977, la version graphique originale présente de nombreux éléments propices à une adaptation cinématographique, et ce, à commencer par le motif du train. »
Valentin Nussbaum




Vendredi 2 juin, 19 h
Love, Money and Ghosts
Film : The Heiress de William Wyler (États-Unis, 1949, 115 min) et Washington Square d'Agnieszka Holland (États-Unis, 1997), d'après le roman d'Henry Jame's Washington Square
Présenté par Kai Marchal (maître de conférences à l’Université Soochow)

« Henry James était obsédé par l’amour, l’argent et les fantômes. Dans Washington Square (écrit en 1880) il dépeint le conflit entre l’amour romantique et l’attraction pour l’argent. Nous entendons entamer une discussion critique de Washington Square, remake d’une première adaptation intitulée The Heiress. Est-ce que l’approche de l’amour et de l’argent a changé entre 1949 et 1997 ? Et s’il en est ainsi, que ce changement nous dit-il sur les transformations de la société capitaliste ? »
Kai Marchal

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Séminaire Philosophie/Arts et littérature

Écrans philosophiques – La reproduction des images Montreuil-Taipei

Jérôme LÈBRE

dateDate : 28/04/2017 heure Début : 19h -> Fin :  O.K.

lieu Adresse : Musée de l'Université Nationale de l'Éducation de Taipei (MoNTUE, Tapei, Taiwan)

Résumé :


Les « Écrans philosophiques » de Montreuil coopèrent depuis l’an dernier avec ceux de Taipei. Le nouveau thème commun s’intitule « La reproduction des images ». Chaque film présenté redonne sens à une ou plusieurs images venue(s) d’ailleurs. Ainsi la peinture, la photographie, le cinéma lui-même deviennent des « sujets » qui traversent, interrompent, ou redoublent le récit ; l’effet de l’image se multiplie dans le temps et l’espace, le réel gagne en opacité ou en transparence, il saute plusieurs fois aux yeux. Chaque intervenant suivra ce thème tout en poursuivant dans le même temps le fil de ses propres réflexions philosophiques.

Programme des séances à Montreuil :

Organisateurs : Annie Agopian (Maison populaire de Montreuil), Stéphane Goudet (Cinéma Le Méliès), Jérôme Lèbre (CIPh), et Éric Lecerf, consultant (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis).

Cinéma Le Méliès, Montreuil, Tél. 01 48 70 69 13
Le prix de la séance, conférence comprise, est de 6 euros pour le plein tarif, 4 euros pour le tarif réduit (moins de 26 ans, allocataires des minima sociaux, demandeurs d’emploi, retraités, porteurs d’un handicap + place gratuite pour un accompagnateur, familles nombreuses et groupes), 5 euros pour le tarif abonnés.




Jeudi 23 février, 20h30 
Voir et appeler Frankenstein
Film : L’Esprit de la ruche de Victor Erice (Espagne, 1973, 97 min)
Présenté par Jérôme Lèbre (CIPh)

« C’est l’histoire de deux sœeurs qui ont rencontré Frankenstein et survécu… car elles n’ont vu “que” le film américain de 1931 où le célèbre monstre, crée vivant à côté de la vie, laisse sans vie la jeune fille qu’il rencontre. Tout tourne autour de ce court épisode que la grande sœur, Isabel, interprète pour la petite Ana, en lui affirmant que tout est faux dans ce film, que Frankenstein n’a tué personne et qu’il est toujours là, tout prêt, comme un esprit qu’il suffit d’invoquer. Erice va bien au-delà de l’idée que l’image traumatisante s’imprègne dans l’esprit des enfants : décidément absente hors du film, l’image a pris l’extension du réel, ou d’un paysage de Castille ; elle perd son horreur dans une inquiétude diffuse, presque transparente ; elle devient le filtre décalé et poétique qui autorise Ana à voir autrement les horreurs de son temps. Alors que les Franquistes tentent d’éliminer les derniers combattants républicains, la résistance s’organise dans l’esprit d’une enfant ; maintenant Frankenstein a rendu la survie possible.  »
Jérôme Lèbre

Jeudi 16 mars, 20h30
Le cinéma mis en scène
Film : Persona d’Ingmar Bergman (Suède, 1966, 80 min)
Présenté par Mazarine Pingeot (Université Paris 8)

« Persona raconte la convalescence d’une actrice célèbre de théâtre, Elizabeth Vogler, qui a perdu la parole au milieu d’une tirade d’Electre. Devant son silence, c’est Alma, son infirmière, qui se laisse peu à peu aller aux confidences. Mais la relation est bouleversée par la trahison d’Elizabeth qui divulgue ces confidences à son médecin.
Ce film de Bergman traite une fois de plus du cinéma, d’abord à travers le choix des comédiennes, qui toutes deux furent ses compagnes, mais aussi des interprètes récurrentes de ses films, ensuite, par le choix des personnages, une actrice mutique, un lieu clos, blanc, des visages qui sont autant de masques, et l’inquiétude d’une identité floue, qui passe d’un personnage à l’autre… Mais c’est surtout dans le prologue que le cinéma est mis en scène, non pas comme un hommage, mais réellement comme une mise au jour de son essence même, de son émergence, de sa source. Un cinéma qui travaille incessamment sur ce que c’est que le cinéma est nécessairement un cinéma philosophique, qui n’oublie jamais néanmoins de raconter des histoires… »
Mazarine Pingeot




Jeudi 27 avril, 20h30
Le prophète télévisuel comme photogramme du pouvoir
Film : Network : Main basse sur la télévision de Sidney Lumet (États-Unis, 1976, 121 min)
Présenté par Éric Lecerf (maître de conférences à l’Université Paris 8, ancien directeur de programme au CIPh)

« Réalisé il y a quarante ans, Network de Sidney Lumet conserve une actualité étonnante. Le monde des médias auquel il est consacré a pourtant connu au cours de ces dernières décennies une transformation d’une intensité équivalente à celle qui séparait ce moment de la création des premiers organes de presse. Cela tient pour partie au personnage d’Howard Beale dont l’emprise sur le public n’est pas sans rappeler les ressorts mobilisés dans la période récente par un Donald Trump. Sidney Lumet place cependant son propos sur un autre niveau d’interprétation que celui d’une simple accusation de la démagogie où médias et politiques se confondent comme instruments d’une puissance économique. Cette réflexion est certes présente dans son film, au même titre que cela était le cas dans Meet John Doe (1941) de Frank Capra ou A face in the crowd (1957) d’Elia Kazan, mais elle est jointe à une volonté de déconstruire ce qui fonde une relation entre intentionnalité de l’image et consentement ; ce qui fait notamment que la réification s’apparente plus désormais à un désir qu’à une contrainte. Négatif aux contours lumineux, le prophète cathodique Howard Beale sera ainsi interrogé au titre de l’épuisement de la critique dont il paraît être un symptôme. »
Éric Lecerf

Jeudi 18 mai, 20h30
Reproduire et détruire les images de l’Amérique
Film : Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni (Italie/États-Unis, 1970, 107 min).
Présenté par Jérôme Rosanvallon (CIPh)

« Des étudiants grévistes qui occupent la fac, des armes librement achetées sous prétexte d’auto-défense raciste, des policiers qui abattent sans sommation un Noir, un innocent accusé à tort, des publicités à chaque recoin de rue et en plein désert, un road-trip au cœur de Death Valley, un avion qui vous poursuit et vous renverse, une renaissance sexuelle vécue comme un devenir végétal-minéral, un promoteur milliardaire qui vend du rêve mortifère, une Indienne au service des riches Blancs : Antonioni recrée en 1970 dans Zabriskie Point toutes les images passées et présentes de l’Amérique. Mais ne serait-ce pas l’Amérique qui rejoue aussi jusqu’à aujourd’hui toutes les images de Zabriskie Point ? L’enjeu du film est moins de raconter une histoire que de chercher une issue : que faire du système d’images que reproduit sans fin le capitalisme ? N’est-on pas condamné à en faire partie ? La révolution collective, organisée et armée, ou la ligne de fuite individuelle, hédoniste et ironique, suffisent-ils à nous en sortir ? Comment conduire le système jusqu’à l’implosion – mais une implosion filmique, créatrice et non pas terroriste, destructrice ?
Ainsi est atteint le point centrifuge, excentrique, où circuler produit le vide qui vous absorbe. Ce moment de vertige est aussi celui de l’effondrement potentiel. Non pas tellement par la fatigue propre à la distance et à la chaleur, à l’avancée dans le désert visible de l’espace, mais à l’avancée irréversible dans le désert du temps (Baudrillard, “Vanishing Point”, Amérique, Grasset, 1986). »
Jérôme Rosanvallon

___________________________

Programme des séances à Taipei :

Organisateurs : Jean-Yves Heurtebise (Université Catholique FuJen) et Lin Chi-Ming (Université Nationale de l'Éducation de Taipei).

Musée de l'Université Nationale de l'Éducation de Taipei (MoNTUE, Taipei, Taiwan) http://montue.ntue.edu.tw/
Toutes les séances sont gratuites (nombre de places limité).


Vendredi 21 avril, 19 h
Un « anti-remake » insoupçonné de Voyage à Tokyo et ses trois énigmes
Film : Café Lumière de Hou Hsiao-Hsien (Japon/Taïwan, 2004, 109 min)
Présenté par Liu Kuang-Neng (ancien professeur émérite à l’Université Nationale Centrale)

« Hou Hsiao-Hsien (1947-), emblème de la Nouvelle Vague taiwanaise, réalise en 2003 Café Lumière (Kafei shiguang ou Kôhî Jiko), un film commandé par Shochiku, société de production japonaise, pour célébrer le 100e anniversaire du grand Ozu Yasujiro (1903-1963). Parmi les approches potentielles auxquelles le film se prête, une certaine “critique génétique” s’impose, susceptible d’offrir sur lui une vue globale, pénétrante et même attrayante. Contrairement à son apparence confuse, le film se structure tel un récit policier qui livre dans les dernières minutes ses secrets préparés dès les premiers plans. Mieux encore, s’il est vrai qu’il n’a rien à voir avec un “remake”, une reprise similaire telle que Tokyo Kazoku (2013) de Yamada Yoji (1931-), il s’interprète pourtant comme un calque à l’envers du chef d’œuvre Voyage à Tokyo (Tôkyo monogatari, 1953) d’Ozu. Soit un “anti-remake” vraisemblablement jamais vu dans l’histoire du cinéma mondial et, en outre, inconscient de la part du réalisateur. Quant à l’esprit Zen cher à Ozu, il n’est pas exagéré de dire que Hou va ici bien plus loin que lui dans cette voie, au moyen de son esthétique propre qui se rapproche de cette fameuse pensée selon laquelle “le Tao s’exerce constamment par le non-agir” et qui atteint ici un accomplissement plus qu’extraordinaire. »
Liu Kuang-Neng


Vendredi 28 avril, 19 h
Montrer la peinture au cinéma : Van Gogh chez Resnais et Kurosawa
Films : Van Gogh d'Alain Resnais (France, 1949, 18 min) et Rêves de Kurosawa (Japon, 1990, 119 min)
Présenté par Jean-Yves Heurtebise (maître de conférences à l’Université Catholique FuJen)

« Le but de cette séance est de mettre en parallèle deux œuvres filmiques qui sont en rapport entre elles via un rapport commun à une autre imagerie extérieure au cinéma : la peinture et celle de Van Gogh en particulier dans le film-documentaire éponyme d’Alain Resnais et l’épisode des corbeaux du film Rêves de Kurosawa. Cette séance permettra d’évoquer 1. Le rapport entre cinéma et peinture ; 2. Les rapports entre Resnais et Kurosawa ; 3. Les rapports de Resnais et Kurosawa avec la peinture en général et Van Gogh en particulier. La manière dont Resnais explore la toile avec la caméra à la fois rappelle la mise en scène par Kurosawa d’un visiteur japonais de Musée arpentant les œuvres autant qu’elle en diffère et illustre deux manières différentes de penser le rapport à l’art et à la mémoire. »
Jean-Yves Heurtebise

Vendredi 19 mai, 19 h
A Remake of Hitchcock’s Vertigo
Film : Suzhou River de Lou Ye (Allemagne/France/Chine, 2000, 83 min)
Présenté par Lin Chi-ming (professeur à l’Université Nationale de l’Éducation de Taipei)


Vendredi 26 mai, 19 h
De la case à l’écran : translation et transmédiation dans le Transperceneige
Film : Transperceneige de Bong Joon-ho (États-Unis/France/Corée du Sud, 2013, 126 min)
Présenté par Valentin Nussbaum (maître de conférences à l’Université Nationale Normale de Taipei)

« Récit post-apocalyptique mettant en scène le confinement de survivants de l’espèce humaine dans un train, Snowpiercer réalisé en 2013 par le sud-coréen Bong Joon-ho, s’inspire de la bande dessinée française Le Transperceneige de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette. Publiée en épisodes dans les années 1982 et 1983 à partir des seize planches “mythiques” que le dessinateur Alexis avait laissées peu avant sa mort en 1977, la version graphique originale présente de nombreux éléments propices à une adaptation cinématographique, et ce, à commencer par le motif du train. »
Valentin Nussbaum




Vendredi 2 juin, 19 h
Love, Money and Ghosts
Film : The Heiress de William Wyler (États-Unis, 1949, 115 min) et Washington Square d'Agnieszka Holland (États-Unis, 1997), d'après le roman d'Henry Jame's Washington Square
Présenté par Kai Marchal (maître de conférences à l’Université Soochow)

« Henry James était obsédé par l’amour, l’argent et les fantômes. Dans Washington Square (écrit en 1880) il dépeint le conflit entre l’amour romantique et l’attraction pour l’argent. Nous entendons entamer une discussion critique de Washington Square, remake d’une première adaptation intitulée The Heiress. Est-ce que l’approche de l’amour et de l’argent a changé entre 1949 et 1997 ? Et s’il en est ainsi, que ce changement nous dit-il sur les transformations de la société capitaliste ? »
Kai Marchal

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Séminaire Philosophie/Arts et littérature

Écrans philosophiques – La reproduction des images Montreuil-Taipei

Jérôme LÈBRE

dateDate : 18/05/2017 heure Début : 20h30 -> Fin : 23h30  O.K.

lieu Adresse : Cinéma Le Méliès, 12 place Jean Jaurès, 93100 Montreuil

Résumé :


Les « Écrans philosophiques » de Montreuil coopèrent depuis l’an dernier avec ceux de Taipei. Le nouveau thème commun s’intitule « La reproduction des images ». Chaque film présenté redonne sens à une ou plusieurs images venue(s) d’ailleurs. Ainsi la peinture, la photographie, le cinéma lui-même deviennent des « sujets » qui traversent, interrompent, ou redoublent le récit ; l’effet de l’image se multiplie dans le temps et l’espace, le réel gagne en opacité ou en transparence, il saute plusieurs fois aux yeux. Chaque intervenant suivra ce thème tout en poursuivant dans le même temps le fil de ses propres réflexions philosophiques.

Programme des séances à Montreuil :

Organisateurs : Annie Agopian (Maison populaire de Montreuil), Stéphane Goudet (Cinéma Le Méliès), Jérôme Lèbre (CIPh), et Éric Lecerf, consultant (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis).

Cinéma Le Méliès, Montreuil, Tél. 01 48 70 69 13
Le prix de la séance, conférence comprise, est de 6 euros pour le plein tarif, 4 euros pour le tarif réduit (moins de 26 ans, allocataires des minima sociaux, demandeurs d’emploi, retraités, porteurs d’un handicap + place gratuite pour un accompagnateur, familles nombreuses et groupes), 5 euros pour le tarif abonnés.




Jeudi 23 février, 20h30 
Voir et appeler Frankenstein
Film : L’Esprit de la ruche de Victor Erice (Espagne, 1973, 97 min)
Présenté par Jérôme Lèbre (CIPh)

« C’est l’histoire de deux sœeurs qui ont rencontré Frankenstein et survécu… car elles n’ont vu “que” le film américain de 1931 où le célèbre monstre, crée vivant à côté de la vie, laisse sans vie la jeune fille qu’il rencontre. Tout tourne autour de ce court épisode que la grande sœur, Isabel, interprète pour la petite Ana, en lui affirmant que tout est faux dans ce film, que Frankenstein n’a tué personne et qu’il est toujours là, tout prêt, comme un esprit qu’il suffit d’invoquer. Erice va bien au-delà de l’idée que l’image traumatisante s’imprègne dans l’esprit des enfants : décidément absente hors du film, l’image a pris l’extension du réel, ou d’un paysage de Castille ; elle perd son horreur dans une inquiétude diffuse, presque transparente ; elle devient le filtre décalé et poétique qui autorise Ana à voir autrement les horreurs de son temps. Alors que les Franquistes tentent d’éliminer les derniers combattants républicains, la résistance s’organise dans l’esprit d’une enfant ; maintenant Frankenstein a rendu la survie possible.  »
Jérôme Lèbre

Jeudi 16 mars, 20h30
Le cinéma mis en scène
Film : Persona d’Ingmar Bergman (Suède, 1966, 80 min)
Présenté par Mazarine Pingeot (Université Paris 8)

« Persona raconte la convalescence d’une actrice célèbre de théâtre, Elizabeth Vogler, qui a perdu la parole au milieu d’une tirade d’Electre. Devant son silence, c’est Alma, son infirmière, qui se laisse peu à peu aller aux confidences. Mais la relation est bouleversée par la trahison d’Elizabeth qui divulgue ces confidences à son médecin.
Ce film de Bergman traite une fois de plus du cinéma, d’abord à travers le choix des comédiennes, qui toutes deux furent ses compagnes, mais aussi des interprètes récurrentes de ses films, ensuite, par le choix des personnages, une actrice mutique, un lieu clos, blanc, des visages qui sont autant de masques, et l’inquiétude d’une identité floue, qui passe d’un personnage à l’autre… Mais c’est surtout dans le prologue que le cinéma est mis en scène, non pas comme un hommage, mais réellement comme une mise au jour de son essence même, de son émergence, de sa source. Un cinéma qui travaille incessamment sur ce que c’est que le cinéma est nécessairement un cinéma philosophique, qui n’oublie jamais néanmoins de raconter des histoires… »
Mazarine Pingeot




Jeudi 27 avril, 20h30
Le prophète télévisuel comme photogramme du pouvoir
Film : Network : Main basse sur la télévision de Sidney Lumet (États-Unis, 1976, 121 min)
Présenté par Éric Lecerf (maître de conférences à l’Université Paris 8, ancien directeur de programme au CIPh)

« Réalisé il y a quarante ans, Network de Sidney Lumet conserve une actualité étonnante. Le monde des médias auquel il est consacré a pourtant connu au cours de ces dernières décennies une transformation d’une intensité équivalente à celle qui séparait ce moment de la création des premiers organes de presse. Cela tient pour partie au personnage d’Howard Beale dont l’emprise sur le public n’est pas sans rappeler les ressorts mobilisés dans la période récente par un Donald Trump. Sidney Lumet place cependant son propos sur un autre niveau d’interprétation que celui d’une simple accusation de la démagogie où médias et politiques se confondent comme instruments d’une puissance économique. Cette réflexion est certes présente dans son film, au même titre que cela était le cas dans Meet John Doe (1941) de Frank Capra ou A face in the crowd (1957) d’Elia Kazan, mais elle est jointe à une volonté de déconstruire ce qui fonde une relation entre intentionnalité de l’image et consentement ; ce qui fait notamment que la réification s’apparente plus désormais à un désir qu’à une contrainte. Négatif aux contours lumineux, le prophète cathodique Howard Beale sera ainsi interrogé au titre de l’épuisement de la critique dont il paraît être un symptôme. »
Éric Lecerf

Jeudi 18 mai, 20h30
Reproduire et détruire les images de l’Amérique
Film : Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni (Italie/États-Unis, 1970, 107 min).
Présenté par Jérôme Rosanvallon (CIPh)

« Des étudiants grévistes qui occupent la fac, des armes librement achetées sous prétexte d’auto-défense raciste, des policiers qui abattent sans sommation un Noir, un innocent accusé à tort, des publicités à chaque recoin de rue et en plein désert, un road-trip au cœur de Death Valley, un avion qui vous poursuit et vous renverse, une renaissance sexuelle vécue comme un devenir végétal-minéral, un promoteur milliardaire qui vend du rêve mortifère, une Indienne au service des riches Blancs : Antonioni recrée en 1970 dans Zabriskie Point toutes les images passées et présentes de l’Amérique. Mais ne serait-ce pas l’Amérique qui rejoue aussi jusqu’à aujourd’hui toutes les images de Zabriskie Point ? L’enjeu du film est moins de raconter une histoire que de chercher une issue : que faire du système d’images que reproduit sans fin le capitalisme ? N’est-on pas condamné à en faire partie ? La révolution collective, organisée et armée, ou la ligne de fuite individuelle, hédoniste et ironique, suffisent-ils à nous en sortir ? Comment conduire le système jusqu’à l’implosion – mais une implosion filmique, créatrice et non pas terroriste, destructrice ?
Ainsi est atteint le point centrifuge, excentrique, où circuler produit le vide qui vous absorbe. Ce moment de vertige est aussi celui de l’effondrement potentiel. Non pas tellement par la fatigue propre à la distance et à la chaleur, à l’avancée dans le désert visible de l’espace, mais à l’avancée irréversible dans le désert du temps (Baudrillard, “Vanishing Point”, Amérique, Grasset, 1986). »
Jérôme Rosanvallon

___________________________

Programme des séances à Taipei :

Organisateurs : Jean-Yves Heurtebise (Université Catholique FuJen) et Lin Chi-Ming (Université Nationale de l'Éducation de Taipei).

Musée de l'Université Nationale de l'Éducation de Taipei (MoNTUE, Taipei, Taiwan) http://montue.ntue.edu.tw/
Toutes les séances sont gratuites (nombre de places limité).


Vendredi 21 avril, 19 h
Un « anti-remake » insoupçonné de Voyage à Tokyo et ses trois énigmes
Film : Café Lumière de Hou Hsiao-Hsien (Japon/Taïwan, 2004, 109 min)
Présenté par Liu Kuang-Neng (ancien professeur émérite à l’Université Nationale Centrale)

« Hou Hsiao-Hsien (1947-), emblème de la Nouvelle Vague taiwanaise, réalise en 2003 Café Lumière (Kafei shiguang ou Kôhî Jiko), un film commandé par Shochiku, société de production japonaise, pour célébrer le 100e anniversaire du grand Ozu Yasujiro (1903-1963). Parmi les approches potentielles auxquelles le film se prête, une certaine “critique génétique” s’impose, susceptible d’offrir sur lui une vue globale, pénétrante et même attrayante. Contrairement à son apparence confuse, le film se structure tel un récit policier qui livre dans les dernières minutes ses secrets préparés dès les premiers plans. Mieux encore, s’il est vrai qu’il n’a rien à voir avec un “remake”, une reprise similaire telle que Tokyo Kazoku (2013) de Yamada Yoji (1931-), il s’interprète pourtant comme un calque à l’envers du chef d’œuvre Voyage à Tokyo (Tôkyo monogatari, 1953) d’Ozu. Soit un “anti-remake” vraisemblablement jamais vu dans l’histoire du cinéma mondial et, en outre, inconscient de la part du réalisateur. Quant à l’esprit Zen cher à Ozu, il n’est pas exagéré de dire que Hou va ici bien plus loin que lui dans cette voie, au moyen de son esthétique propre qui se rapproche de cette fameuse pensée selon laquelle “le Tao s’exerce constamment par le non-agir” et qui atteint ici un accomplissement plus qu’extraordinaire. »
Liu Kuang-Neng


Vendredi 28 avril, 19 h
Montrer la peinture au cinéma : Van Gogh chez Resnais et Kurosawa
Films : Van Gogh d'Alain Resnais (France, 1949, 18 min) et Rêves de Kurosawa (Japon, 1990, 119 min)
Présenté par Jean-Yves Heurtebise (maître de conférences à l’Université Catholique FuJen)

« Le but de cette séance est de mettre en parallèle deux œuvres filmiques qui sont en rapport entre elles via un rapport commun à une autre imagerie extérieure au cinéma : la peinture et celle de Van Gogh en particulier dans le film-documentaire éponyme d’Alain Resnais et l’épisode des corbeaux du film Rêves de Kurosawa. Cette séance permettra d’évoquer 1. Le rapport entre cinéma et peinture ; 2. Les rapports entre Resnais et Kurosawa ; 3. Les rapports de Resnais et Kurosawa avec la peinture en général et Van Gogh en particulier. La manière dont Resnais explore la toile avec la caméra à la fois rappelle la mise en scène par Kurosawa d’un visiteur japonais de Musée arpentant les œuvres autant qu’elle en diffère et illustre deux manières différentes de penser le rapport à l’art et à la mémoire. »
Jean-Yves Heurtebise

Vendredi 19 mai, 19 h
A Remake of Hitchcock’s Vertigo
Film : Suzhou River de Lou Ye (Allemagne/France/Chine, 2000, 83 min)
Présenté par Lin Chi-ming (professeur à l’Université Nationale de l’Éducation de Taipei)


Vendredi 26 mai, 19 h
De la case à l’écran : translation et transmédiation dans le Transperceneige
Film : Transperceneige de Bong Joon-ho (États-Unis/France/Corée du Sud, 2013, 126 min)
Présenté par Valentin Nussbaum (maître de conférences à l’Université Nationale Normale de Taipei)

« Récit post-apocalyptique mettant en scène le confinement de survivants de l’espèce humaine dans un train, Snowpiercer réalisé en 2013 par le sud-coréen Bong Joon-ho, s’inspire de la bande dessinée française Le Transperceneige de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette. Publiée en épisodes dans les années 1982 et 1983 à partir des seize planches “mythiques” que le dessinateur Alexis avait laissées peu avant sa mort en 1977, la version graphique originale présente de nombreux éléments propices à une adaptation cinématographique, et ce, à commencer par le motif du train. »
Valentin Nussbaum




Vendredi 2 juin, 19 h
Love, Money and Ghosts
Film : The Heiress de William Wyler (États-Unis, 1949, 115 min) et Washington Square d'Agnieszka Holland (États-Unis, 1997), d'après le roman d'Henry Jame's Washington Square
Présenté par Kai Marchal (maître de conférences à l’Université Soochow)

« Henry James était obsédé par l’amour, l’argent et les fantômes. Dans Washington Square (écrit en 1880) il dépeint le conflit entre l’amour romantique et l’attraction pour l’argent. Nous entendons entamer une discussion critique de Washington Square, remake d’une première adaptation intitulée The Heiress. Est-ce que l’approche de l’amour et de l’argent a changé entre 1949 et 1997 ? Et s’il en est ainsi, que ce changement nous dit-il sur les transformations de la société capitaliste ? »
Kai Marchal

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Séminaire Philosophie/Arts et littérature

Écrans philosophiques – La reproduction des images Montreuil-Taipei

Jérôme LÈBRE

dateDate : 19/05/2017 heure Début : 19h -> Fin :  O.K.

lieu Adresse : Musée de l'Université Nationale de l'Éducation de Taipei (MoNTUE, Tapei, Taiwan)

Résumé :


Les « Écrans philosophiques » de Montreuil coopèrent depuis l’an dernier avec ceux de Taipei. Le nouveau thème commun s’intitule « La reproduction des images ». Chaque film présenté redonne sens à une ou plusieurs images venue(s) d’ailleurs. Ainsi la peinture, la photographie, le cinéma lui-même deviennent des « sujets » qui traversent, interrompent, ou redoublent le récit ; l’effet de l’image se multiplie dans le temps et l’espace, le réel gagne en opacité ou en transparence, il saute plusieurs fois aux yeux. Chaque intervenant suivra ce thème tout en poursuivant dans le même temps le fil de ses propres réflexions philosophiques.

Programme des séances à Montreuil :

Organisateurs : Annie Agopian (Maison populaire de Montreuil), Stéphane Goudet (Cinéma Le Méliès), Jérôme Lèbre (CIPh), et Éric Lecerf, consultant (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis).

Cinéma Le Méliès, Montreuil, Tél. 01 48 70 69 13
Le prix de la séance, conférence comprise, est de 6 euros pour le plein tarif, 4 euros pour le tarif réduit (moins de 26 ans, allocataires des minima sociaux, demandeurs d’emploi, retraités, porteurs d’un handicap + place gratuite pour un accompagnateur, familles nombreuses et groupes), 5 euros pour le tarif abonnés.




Jeudi 23 février, 20h30 
Voir et appeler Frankenstein
Film : L’Esprit de la ruche de Victor Erice (Espagne, 1973, 97 min)
Présenté par Jérôme Lèbre (CIPh)

« C’est l’histoire de deux sœeurs qui ont rencontré Frankenstein et survécu… car elles n’ont vu “que” le film américain de 1931 où le célèbre monstre, crée vivant à côté de la vie, laisse sans vie la jeune fille qu’il rencontre. Tout tourne autour de ce court épisode que la grande sœur, Isabel, interprète pour la petite Ana, en lui affirmant que tout est faux dans ce film, que Frankenstein n’a tué personne et qu’il est toujours là, tout prêt, comme un esprit qu’il suffit d’invoquer. Erice va bien au-delà de l’idée que l’image traumatisante s’imprègne dans l’esprit des enfants : décidément absente hors du film, l’image a pris l’extension du réel, ou d’un paysage de Castille ; elle perd son horreur dans une inquiétude diffuse, presque transparente ; elle devient le filtre décalé et poétique qui autorise Ana à voir autrement les horreurs de son temps. Alors que les Franquistes tentent d’éliminer les derniers combattants républicains, la résistance s’organise dans l’esprit d’une enfant ; maintenant Frankenstein a rendu la survie possible.  »
Jérôme Lèbre

Jeudi 16 mars, 20h30
Le cinéma mis en scène
Film : Persona d’Ingmar Bergman (Suède, 1966, 80 min)
Présenté par Mazarine Pingeot (Université Paris 8)

« Persona raconte la convalescence d’une actrice célèbre de théâtre, Elizabeth Vogler, qui a perdu la parole au milieu d’une tirade d’Electre. Devant son silence, c’est Alma, son infirmière, qui se laisse peu à peu aller aux confidences. Mais la relation est bouleversée par la trahison d’Elizabeth qui divulgue ces confidences à son médecin.
Ce film de Bergman traite une fois de plus du cinéma, d’abord à travers le choix des comédiennes, qui toutes deux furent ses compagnes, mais aussi des interprètes récurrentes de ses films, ensuite, par le choix des personnages, une actrice mutique, un lieu clos, blanc, des visages qui sont autant de masques, et l’inquiétude d’une identité floue, qui passe d’un personnage à l’autre… Mais c’est surtout dans le prologue que le cinéma est mis en scène, non pas comme un hommage, mais réellement comme une mise au jour de son essence même, de son émergence, de sa source. Un cinéma qui travaille incessamment sur ce que c’est que le cinéma est nécessairement un cinéma philosophique, qui n’oublie jamais néanmoins de raconter des histoires… »
Mazarine Pingeot




Jeudi 27 avril, 20h30
Le prophète télévisuel comme photogramme du pouvoir
Film : Network : Main basse sur la télévision de Sidney Lumet (États-Unis, 1976, 121 min)
Présenté par Éric Lecerf (maître de conférences à l’Université Paris 8, ancien directeur de programme au CIPh)

« Réalisé il y a quarante ans, Network de Sidney Lumet conserve une actualité étonnante. Le monde des médias auquel il est consacré a pourtant connu au cours de ces dernières décennies une transformation d’une intensité équivalente à celle qui séparait ce moment de la création des premiers organes de presse. Cela tient pour partie au personnage d’Howard Beale dont l’emprise sur le public n’est pas sans rappeler les ressorts mobilisés dans la période récente par un Donald Trump. Sidney Lumet place cependant son propos sur un autre niveau d’interprétation que celui d’une simple accusation de la démagogie où médias et politiques se confondent comme instruments d’une puissance économique. Cette réflexion est certes présente dans son film, au même titre que cela était le cas dans Meet John Doe (1941) de Frank Capra ou A face in the crowd (1957) d’Elia Kazan, mais elle est jointe à une volonté de déconstruire ce qui fonde une relation entre intentionnalité de l’image et consentement ; ce qui fait notamment que la réification s’apparente plus désormais à un désir qu’à une contrainte. Négatif aux contours lumineux, le prophète cathodique Howard Beale sera ainsi interrogé au titre de l’épuisement de la critique dont il paraît être un symptôme. »
Éric Lecerf

Jeudi 18 mai, 20h30
Reproduire et détruire les images de l’Amérique
Film : Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni (Italie/États-Unis, 1970, 107 min).
Présenté par Jérôme Rosanvallon (CIPh)

« Des étudiants grévistes qui occupent la fac, des armes librement achetées sous prétexte d’auto-défense raciste, des policiers qui abattent sans sommation un Noir, un innocent accusé à tort, des publicités à chaque recoin de rue et en plein désert, un road-trip au cœur de Death Valley, un avion qui vous poursuit et vous renverse, une renaissance sexuelle vécue comme un devenir végétal-minéral, un promoteur milliardaire qui vend du rêve mortifère, une Indienne au service des riches Blancs : Antonioni recrée en 1970 dans Zabriskie Point toutes les images passées et présentes de l’Amérique. Mais ne serait-ce pas l’Amérique qui rejoue aussi jusqu’à aujourd’hui toutes les images de Zabriskie Point ? L’enjeu du film est moins de raconter une histoire que de chercher une issue : que faire du système d’images que reproduit sans fin le capitalisme ? N’est-on pas condamné à en faire partie ? La révolution collective, organisée et armée, ou la ligne de fuite individuelle, hédoniste et ironique, suffisent-ils à nous en sortir ? Comment conduire le système jusqu’à l’implosion – mais une implosion filmique, créatrice et non pas terroriste, destructrice ?
Ainsi est atteint le point centrifuge, excentrique, où circuler produit le vide qui vous absorbe. Ce moment de vertige est aussi celui de l’effondrement potentiel. Non pas tellement par la fatigue propre à la distance et à la chaleur, à l’avancée dans le désert visible de l’espace, mais à l’avancée irréversible dans le désert du temps (Baudrillard, “Vanishing Point”, Amérique, Grasset, 1986). »
Jérôme Rosanvallon

___________________________

Programme des séances à Taipei :

Organisateurs : Jean-Yves Heurtebise (Université Catholique FuJen) et Lin Chi-Ming (Université Nationale de l'Éducation de Taipei).

Musée de l'Université Nationale de l'Éducation de Taipei (MoNTUE, Taipei, Taiwan) http://montue.ntue.edu.tw/
Toutes les séances sont gratuites (nombre de places limité).


Vendredi 21 avril, 19 h
Un « anti-remake » insoupçonné de Voyage à Tokyo et ses trois énigmes
Film : Café Lumière de Hou Hsiao-Hsien (Japon/Taïwan, 2004, 109 min)
Présenté par Liu Kuang-Neng (ancien professeur émérite à l’Université Nationale Centrale)

« Hou Hsiao-Hsien (1947-), emblème de la Nouvelle Vague taiwanaise, réalise en 2003 Café Lumière (Kafei shiguang ou Kôhî Jiko), un film commandé par Shochiku, société de production japonaise, pour célébrer le 100e anniversaire du grand Ozu Yasujiro (1903-1963). Parmi les approches potentielles auxquelles le film se prête, une certaine “critique génétique” s’impose, susceptible d’offrir sur lui une vue globale, pénétrante et même attrayante. Contrairement à son apparence confuse, le film se structure tel un récit policier qui livre dans les dernières minutes ses secrets préparés dès les premiers plans. Mieux encore, s’il est vrai qu’il n’a rien à voir avec un “remake”, une reprise similaire telle que Tokyo Kazoku (2013) de Yamada Yoji (1931-), il s’interprète pourtant comme un calque à l’envers du chef d’œuvre Voyage à Tokyo (Tôkyo monogatari, 1953) d’Ozu. Soit un “anti-remake” vraisemblablement jamais vu dans l’histoire du cinéma mondial et, en outre, inconscient de la part du réalisateur. Quant à l’esprit Zen cher à Ozu, il n’est pas exagéré de dire que Hou va ici bien plus loin que lui dans cette voie, au moyen de son esthétique propre qui se rapproche de cette fameuse pensée selon laquelle “le Tao s’exerce constamment par le non-agir” et qui atteint ici un accomplissement plus qu’extraordinaire. »
Liu Kuang-Neng


Vendredi 28 avril, 19 h
Montrer la peinture au cinéma : Van Gogh chez Resnais et Kurosawa
Films : Van Gogh d'Alain Resnais (France, 1949, 18 min) et Rêves de Kurosawa (Japon, 1990, 119 min)
Présenté par Jean-Yves Heurtebise (maître de conférences à l’Université Catholique FuJen)

« Le but de cette séance est de mettre en parallèle deux œuvres filmiques qui sont en rapport entre elles via un rapport commun à une autre imagerie extérieure au cinéma : la peinture et celle de Van Gogh en particulier dans le film-documentaire éponyme d’Alain Resnais et l’épisode des corbeaux du film Rêves de Kurosawa. Cette séance permettra d’évoquer 1. Le rapport entre cinéma et peinture ; 2. Les rapports entre Resnais et Kurosawa ; 3. Les rapports de Resnais et Kurosawa avec la peinture en général et Van Gogh en particulier. La manière dont Resnais explore la toile avec la caméra à la fois rappelle la mise en scène par Kurosawa d’un visiteur japonais de Musée arpentant les œuvres autant qu’elle en diffère et illustre deux manières différentes de penser le rapport à l’art et à la mémoire. »
Jean-Yves Heurtebise

Vendredi 19 mai, 19 h
A Remake of Hitchcock’s Vertigo
Film : Suzhou River de Lou Ye (Allemagne/France/Chine, 2000, 83 min)
Présenté par Lin Chi-ming (professeur à l’Université Nationale de l’Éducation de Taipei)


Vendredi 26 mai, 19 h
De la case à l’écran : translation et transmédiation dans le Transperceneige
Film : Transperceneige de Bong Joon-ho (États-Unis/France/Corée du Sud, 2013, 126 min)
Présenté par Valentin Nussbaum (maître de conférences à l’Université Nationale Normale de Taipei)

« Récit post-apocalyptique mettant en scène le confinement de survivants de l’espèce humaine dans un train, Snowpiercer réalisé en 2013 par le sud-coréen Bong Joon-ho, s’inspire de la bande dessinée française Le Transperceneige de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette. Publiée en épisodes dans les années 1982 et 1983 à partir des seize planches “mythiques” que le dessinateur Alexis avait laissées peu avant sa mort en 1977, la version graphique originale présente de nombreux éléments propices à une adaptation cinématographique, et ce, à commencer par le motif du train. »
Valentin Nussbaum




Vendredi 2 juin, 19 h
Love, Money and Ghosts
Film : The Heiress de William Wyler (États-Unis, 1949, 115 min) et Washington Square d'Agnieszka Holland (États-Unis, 1997), d'après le roman d'Henry Jame's Washington Square
Présenté par Kai Marchal (maître de conférences à l’Université Soochow)

« Henry James était obsédé par l’amour, l’argent et les fantômes. Dans Washington Square (écrit en 1880) il dépeint le conflit entre l’amour romantique et l’attraction pour l’argent. Nous entendons entamer une discussion critique de Washington Square, remake d’une première adaptation intitulée The Heiress. Est-ce que l’approche de l’amour et de l’argent a changé entre 1949 et 1997 ? Et s’il en est ainsi, que ce changement nous dit-il sur les transformations de la société capitaliste ? »
Kai Marchal

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Séminaire Philosophie/Arts et littérature

Écrans philosophiques – La reproduction des images Montreuil-Taipei

Jérôme LÈBRE

dateDate : 26/05/2017 heure Début : 19h -> Fin :  O.K.

lieu Adresse : Musée de l'Université Nationale de l'Éducation de Taipei (MoNTUE, Tapei, Taiwan)

Résumé :


Les « Écrans philosophiques » de Montreuil coopèrent depuis l’an dernier avec ceux de Taipei. Le nouveau thème commun s’intitule « La reproduction des images ». Chaque film présenté redonne sens à une ou plusieurs images venue(s) d’ailleurs. Ainsi la peinture, la photographie, le cinéma lui-même deviennent des « sujets » qui traversent, interrompent, ou redoublent le récit ; l’effet de l’image se multiplie dans le temps et l’espace, le réel gagne en opacité ou en transparence, il saute plusieurs fois aux yeux. Chaque intervenant suivra ce thème tout en poursuivant dans le même temps le fil de ses propres réflexions philosophiques.

Programme des séances à Montreuil :

Organisateurs : Annie Agopian (Maison populaire de Montreuil), Stéphane Goudet (Cinéma Le Méliès), Jérôme Lèbre (CIPh), et Éric Lecerf, consultant (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis).

Cinéma Le Méliès, Montreuil, Tél. 01 48 70 69 13
Le prix de la séance, conférence comprise, est de 6 euros pour le plein tarif, 4 euros pour le tarif réduit (moins de 26 ans, allocataires des minima sociaux, demandeurs d’emploi, retraités, porteurs d’un handicap + place gratuite pour un accompagnateur, familles nombreuses et groupes), 5 euros pour le tarif abonnés.




Jeudi 23 février, 20h30 
Voir et appeler Frankenstein
Film : L’Esprit de la ruche de Victor Erice (Espagne, 1973, 97 min)
Présenté par Jérôme Lèbre (CIPh)

« C’est l’histoire de deux sœeurs qui ont rencontré Frankenstein et survécu… car elles n’ont vu “que” le film américain de 1931 où le célèbre monstre, crée vivant à côté de la vie, laisse sans vie la jeune fille qu’il rencontre. Tout tourne autour de ce court épisode que la grande sœur, Isabel, interprète pour la petite Ana, en lui affirmant que tout est faux dans ce film, que Frankenstein n’a tué personne et qu’il est toujours là, tout prêt, comme un esprit qu’il suffit d’invoquer. Erice va bien au-delà de l’idée que l’image traumatisante s’imprègne dans l’esprit des enfants : décidément absente hors du film, l’image a pris l’extension du réel, ou d’un paysage de Castille ; elle perd son horreur dans une inquiétude diffuse, presque transparente ; elle devient le filtre décalé et poétique qui autorise Ana à voir autrement les horreurs de son temps. Alors que les Franquistes tentent d’éliminer les derniers combattants républicains, la résistance s’organise dans l’esprit d’une enfant ; maintenant Frankenstein a rendu la survie possible.  »
Jérôme Lèbre

Jeudi 16 mars, 20h30
Le cinéma mis en scène
Film : Persona d’Ingmar Bergman (Suède, 1966, 80 min)
Présenté par Mazarine Pingeot (Université Paris 8)

« Persona raconte la convalescence d’une actrice célèbre de théâtre, Elizabeth Vogler, qui a perdu la parole au milieu d’une tirade d’Electre. Devant son silence, c’est Alma, son infirmière, qui se laisse peu à peu aller aux confidences. Mais la relation est bouleversée par la trahison d’Elizabeth qui divulgue ces confidences à son médecin.
Ce film de Bergman traite une fois de plus du cinéma, d’abord à travers le choix des comédiennes, qui toutes deux furent ses compagnes, mais aussi des interprètes récurrentes de ses films, ensuite, par le choix des personnages, une actrice mutique, un lieu clos, blanc, des visages qui sont autant de masques, et l’inquiétude d’une identité floue, qui passe d’un personnage à l’autre… Mais c’est surtout dans le prologue que le cinéma est mis en scène, non pas comme un hommage, mais réellement comme une mise au jour de son essence même, de son émergence, de sa source. Un cinéma qui travaille incessamment sur ce que c’est que le cinéma est nécessairement un cinéma philosophique, qui n’oublie jamais néanmoins de raconter des histoires… »
Mazarine Pingeot




Jeudi 27 avril, 20h30
Le prophète télévisuel comme photogramme du pouvoir
Film : Network : Main basse sur la télévision de Sidney Lumet (États-Unis, 1976, 121 min)
Présenté par Éric Lecerf (maître de conférences à l’Université Paris 8, ancien directeur de programme au CIPh)

« Réalisé il y a quarante ans, Network de Sidney Lumet conserve une actualité étonnante. Le monde des médias auquel il est consacré a pourtant connu au cours de ces dernières décennies une transformation d’une intensité équivalente à celle qui séparait ce moment de la création des premiers organes de presse. Cela tient pour partie au personnage d’Howard Beale dont l’emprise sur le public n’est pas sans rappeler les ressorts mobilisés dans la période récente par un Donald Trump. Sidney Lumet place cependant son propos sur un autre niveau d’interprétation que celui d’une simple accusation de la démagogie où médias et politiques se confondent comme instruments d’une puissance économique. Cette réflexion est certes présente dans son film, au même titre que cela était le cas dans Meet John Doe (1941) de Frank Capra ou A face in the crowd (1957) d’Elia Kazan, mais elle est jointe à une volonté de déconstruire ce qui fonde une relation entre intentionnalité de l’image et consentement ; ce qui fait notamment que la réification s’apparente plus désormais à un désir qu’à une contrainte. Négatif aux contours lumineux, le prophète cathodique Howard Beale sera ainsi interrogé au titre de l’épuisement de la critique dont il paraît être un symptôme. »
Éric Lecerf

Jeudi 18 mai, 20h30
Reproduire et détruire les images de l’Amérique
Film : Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni (Italie/États-Unis, 1970, 107 min).
Présenté par Jérôme Rosanvallon (CIPh)

« Des étudiants grévistes qui occupent la fac, des armes librement achetées sous prétexte d’auto-défense raciste, des policiers qui abattent sans sommation un Noir, un innocent accusé à tort, des publicités à chaque recoin de rue et en plein désert, un road-trip au cœur de Death Valley, un avion qui vous poursuit et vous renverse, une renaissance sexuelle vécue comme un devenir végétal-minéral, un promoteur milliardaire qui vend du rêve mortifère, une Indienne au service des riches Blancs : Antonioni recrée en 1970 dans Zabriskie Point toutes les images passées et présentes de l’Amérique. Mais ne serait-ce pas l’Amérique qui rejoue aussi jusqu’à aujourd’hui toutes les images de Zabriskie Point ? L’enjeu du film est moins de raconter une histoire que de chercher une issue : que faire du système d’images que reproduit sans fin le capitalisme ? N’est-on pas condamné à en faire partie ? La révolution collective, organisée et armée, ou la ligne de fuite individuelle, hédoniste et ironique, suffisent-ils à nous en sortir ? Comment conduire le système jusqu’à l’implosion – mais une implosion filmique, créatrice et non pas terroriste, destructrice ?
Ainsi est atteint le point centrifuge, excentrique, où circuler produit le vide qui vous absorbe. Ce moment de vertige est aussi celui de l’effondrement potentiel. Non pas tellement par la fatigue propre à la distance et à la chaleur, à l’avancée dans le désert visible de l’espace, mais à l’avancée irréversible dans le désert du temps (Baudrillard, “Vanishing Point”, Amérique, Grasset, 1986). »
Jérôme Rosanvallon

___________________________

Programme des séances à Taipei :

Organisateurs : Jean-Yves Heurtebise (Université Catholique FuJen) et Lin Chi-Ming (Université Nationale de l'Éducation de Taipei).

Musée de l'Université Nationale de l'Éducation de Taipei (MoNTUE, Taipei, Taiwan) http://montue.ntue.edu.tw/
Toutes les séances sont gratuites (nombre de places limité).


Vendredi 21 avril, 19 h
Un « anti-remake » insoupçonné de Voyage à Tokyo et ses trois énigmes
Film : Café Lumière de Hou Hsiao-Hsien (Japon/Taïwan, 2004, 109 min)
Présenté par Liu Kuang-Neng (ancien professeur émérite à l’Université Nationale Centrale)

« Hou Hsiao-Hsien (1947-), emblème de la Nouvelle Vague taiwanaise, réalise en 2003 Café Lumière (Kafei shiguang ou Kôhî Jiko), un film commandé par Shochiku, société de production japonaise, pour célébrer le 100e anniversaire du grand Ozu Yasujiro (1903-1963). Parmi les approches potentielles auxquelles le film se prête, une certaine “critique génétique” s’impose, susceptible d’offrir sur lui une vue globale, pénétrante et même attrayante. Contrairement à son apparence confuse, le film se structure tel un récit policier qui livre dans les dernières minutes ses secrets préparés dès les premiers plans. Mieux encore, s’il est vrai qu’il n’a rien à voir avec un “remake”, une reprise similaire telle que Tokyo Kazoku (2013) de Yamada Yoji (1931-), il s’interprète pourtant comme un calque à l’envers du chef d’œuvre Voyage à Tokyo (Tôkyo monogatari, 1953) d’Ozu. Soit un “anti-remake” vraisemblablement jamais vu dans l’histoire du cinéma mondial et, en outre, inconscient de la part du réalisateur. Quant à l’esprit Zen cher à Ozu, il n’est pas exagéré de dire que Hou va ici bien plus loin que lui dans cette voie, au moyen de son esthétique propre qui se rapproche de cette fameuse pensée selon laquelle “le Tao s’exerce constamment par le non-agir” et qui atteint ici un accomplissement plus qu’extraordinaire. »
Liu Kuang-Neng


Vendredi 28 avril, 19 h
Montrer la peinture au cinéma : Van Gogh chez Resnais et Kurosawa
Films : Van Gogh d'Alain Resnais (France, 1949, 18 min) et Rêves de Kurosawa (Japon, 1990, 119 min)
Présenté par Jean-Yves Heurtebise (maître de conférences à l’Université Catholique FuJen)

« Le but de cette séance est de mettre en parallèle deux œuvres filmiques qui sont en rapport entre elles via un rapport commun à une autre imagerie extérieure au cinéma : la peinture et celle de Van Gogh en particulier dans le film-documentaire éponyme d’Alain Resnais et l’épisode des corbeaux du film Rêves de Kurosawa. Cette séance permettra d’évoquer 1. Le rapport entre cinéma et peinture ; 2. Les rapports entre Resnais et Kurosawa ; 3. Les rapports de Resnais et Kurosawa avec la peinture en général et Van Gogh en particulier. La manière dont Resnais explore la toile avec la caméra à la fois rappelle la mise en scène par Kurosawa d’un visiteur japonais de Musée arpentant les œuvres autant qu’elle en diffère et illustre deux manières différentes de penser le rapport à l’art et à la mémoire. »
Jean-Yves Heurtebise

Vendredi 19 mai, 19 h
A Remake of Hitchcock’s Vertigo
Film : Suzhou River de Lou Ye (Allemagne/France/Chine, 2000, 83 min)
Présenté par Lin Chi-ming (professeur à l’Université Nationale de l’Éducation de Taipei)


Vendredi 26 mai, 19 h
De la case à l’écran : translation et transmédiation dans le Transperceneige
Film : Transperceneige de Bong Joon-ho (États-Unis/France/Corée du Sud, 2013, 126 min)
Présenté par Valentin Nussbaum (maître de conférences à l’Université Nationale Normale de Taipei)

« Récit post-apocalyptique mettant en scène le confinement de survivants de l’espèce humaine dans un train, Snowpiercer réalisé en 2013 par le sud-coréen Bong Joon-ho, s’inspire de la bande dessinée française Le Transperceneige de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette. Publiée en épisodes dans les années 1982 et 1983 à partir des seize planches “mythiques” que le dessinateur Alexis avait laissées peu avant sa mort en 1977, la version graphique originale présente de nombreux éléments propices à une adaptation cinématographique, et ce, à commencer par le motif du train. »
Valentin Nussbaum




Vendredi 2 juin, 19 h
Love, Money and Ghosts
Film : The Heiress de William Wyler (États-Unis, 1949, 115 min) et Washington Square d'Agnieszka Holland (États-Unis, 1997), d'après le roman d'Henry Jame's Washington Square
Présenté par Kai Marchal (maître de conférences à l’Université Soochow)

« Henry James était obsédé par l’amour, l’argent et les fantômes. Dans Washington Square (écrit en 1880) il dépeint le conflit entre l’amour romantique et l’attraction pour l’argent. Nous entendons entamer une discussion critique de Washington Square, remake d’une première adaptation intitulée The Heiress. Est-ce que l’approche de l’amour et de l’argent a changé entre 1949 et 1997 ? Et s’il en est ainsi, que ce changement nous dit-il sur les transformations de la société capitaliste ? »
Kai Marchal

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Séminaire Philosophie/Arts et littérature

Écrans philosophiques – La reproduction des images Montreuil-Taipei

Jérôme LÈBRE

dateDate : 02/06/2017 heure Début : 19h -> Fin :  O.K.

lieu Adresse : Musée de l'Université Nationale de l'Éducation de Taipei (MoNTUE, Tapei, Taiwan)

Résumé :


Les « Écrans philosophiques » de Montreuil coopèrent depuis l’an dernier avec ceux de Taipei. Le nouveau thème commun s’intitule « La reproduction des images ». Chaque film présenté redonne sens à une ou plusieurs images venue(s) d’ailleurs. Ainsi la peinture, la photographie, le cinéma lui-même deviennent des « sujets » qui traversent, interrompent, ou redoublent le récit ; l’effet de l’image se multiplie dans le temps et l’espace, le réel gagne en opacité ou en transparence, il saute plusieurs fois aux yeux. Chaque intervenant suivra ce thème tout en poursuivant dans le même temps le fil de ses propres réflexions philosophiques.

Programme des séances à Montreuil :

Organisateurs : Annie Agopian (Maison populaire de Montreuil), Stéphane Goudet (Cinéma Le Méliès), Jérôme Lèbre (CIPh), et Éric Lecerf, consultant (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis).

Cinéma Le Méliès, Montreuil, Tél. 01 48 70 69 13
Le prix de la séance, conférence comprise, est de 6 euros pour le plein tarif, 4 euros pour le tarif réduit (moins de 26 ans, allocataires des minima sociaux, demandeurs d’emploi, retraités, porteurs d’un handicap + place gratuite pour un accompagnateur, familles nombreuses et groupes), 5 euros pour le tarif abonnés.




Jeudi 23 février, 20h30 
Voir et appeler Frankenstein
Film : L’Esprit de la ruche de Victor Erice (Espagne, 1973, 97 min)
Présenté par Jérôme Lèbre (CIPh)

« C’est l’histoire de deux sœeurs qui ont rencontré Frankenstein et survécu… car elles n’ont vu “que” le film américain de 1931 où le célèbre monstre, crée vivant à côté de la vie, laisse sans vie la jeune fille qu’il rencontre. Tout tourne autour de ce court épisode que la grande sœur, Isabel, interprète pour la petite Ana, en lui affirmant que tout est faux dans ce film, que Frankenstein n’a tué personne et qu’il est toujours là, tout prêt, comme un esprit qu’il suffit d’invoquer. Erice va bien au-delà de l’idée que l’image traumatisante s’imprègne dans l’esprit des enfants : décidément absente hors du film, l’image a pris l’extension du réel, ou d’un paysage de Castille ; elle perd son horreur dans une inquiétude diffuse, presque transparente ; elle devient le filtre décalé et poétique qui autorise Ana à voir autrement les horreurs de son temps. Alors que les Franquistes tentent d’éliminer les derniers combattants républicains, la résistance s’organise dans l’esprit d’une enfant ; maintenant Frankenstein a rendu la survie possible.  »
Jérôme Lèbre

Jeudi 16 mars, 20h30
Le cinéma mis en scène
Film : Persona d’Ingmar Bergman (Suède, 1966, 80 min)
Présenté par Mazarine Pingeot (Université Paris 8)

« Persona raconte la convalescence d’une actrice célèbre de théâtre, Elizabeth Vogler, qui a perdu la parole au milieu d’une tirade d’Electre. Devant son silence, c’est Alma, son infirmière, qui se laisse peu à peu aller aux confidences. Mais la relation est bouleversée par la trahison d’Elizabeth qui divulgue ces confidences à son médecin.
Ce film de Bergman traite une fois de plus du cinéma, d’abord à travers le choix des comédiennes, qui toutes deux furent ses compagnes, mais aussi des interprètes récurrentes de ses films, ensuite, par le choix des personnages, une actrice mutique, un lieu clos, blanc, des visages qui sont autant de masques, et l’inquiétude d’une identité floue, qui passe d’un personnage à l’autre… Mais c’est surtout dans le prologue que le cinéma est mis en scène, non pas comme un hommage, mais réellement comme une mise au jour de son essence même, de son émergence, de sa source. Un cinéma qui travaille incessamment sur ce que c’est que le cinéma est nécessairement un cinéma philosophique, qui n’oublie jamais néanmoins de raconter des histoires… »
Mazarine Pingeot




Jeudi 27 avril, 20h30
Le prophète télévisuel comme photogramme du pouvoir
Film : Network : Main basse sur la télévision de Sidney Lumet (États-Unis, 1976, 121 min)
Présenté par Éric Lecerf (maître de conférences à l’Université Paris 8, ancien directeur de programme au CIPh)

« Réalisé il y a quarante ans, Network de Sidney Lumet conserve une actualité étonnante. Le monde des médias auquel il est consacré a pourtant connu au cours de ces dernières décennies une transformation d’une intensité équivalente à celle qui séparait ce moment de la création des premiers organes de presse. Cela tient pour partie au personnage d’Howard Beale dont l’emprise sur le public n’est pas sans rappeler les ressorts mobilisés dans la période récente par un Donald Trump. Sidney Lumet place cependant son propos sur un autre niveau d’interprétation que celui d’une simple accusation de la démagogie où médias et politiques se confondent comme instruments d’une puissance économique. Cette réflexion est certes présente dans son film, au même titre que cela était le cas dans Meet John Doe (1941) de Frank Capra ou A face in the crowd (1957) d’Elia Kazan, mais elle est jointe à une volonté de déconstruire ce qui fonde une relation entre intentionnalité de l’image et consentement ; ce qui fait notamment que la réification s’apparente plus désormais à un désir qu’à une contrainte. Négatif aux contours lumineux, le prophète cathodique Howard Beale sera ainsi interrogé au titre de l’épuisement de la critique dont il paraît être un symptôme. »
Éric Lecerf

Jeudi 18 mai, 20h30
Reproduire et détruire les images de l’Amérique
Film : Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni (Italie/États-Unis, 1970, 107 min).
Présenté par Jérôme Rosanvallon (CIPh)

« Des étudiants grévistes qui occupent la fac, des armes librement achetées sous prétexte d’auto-défense raciste, des policiers qui abattent sans sommation un Noir, un innocent accusé à tort, des publicités à chaque recoin de rue et en plein désert, un road-trip au cœur de Death Valley, un avion qui vous poursuit et vous renverse, une renaissance sexuelle vécue comme un devenir végétal-minéral, un promoteur milliardaire qui vend du rêve mortifère, une Indienne au service des riches Blancs : Antonioni recrée en 1970 dans Zabriskie Point toutes les images passées et présentes de l’Amérique. Mais ne serait-ce pas l’Amérique qui rejoue aussi jusqu’à aujourd’hui toutes les images de Zabriskie Point ? L’enjeu du film est moins de raconter une histoire que de chercher une issue : que faire du système d’images que reproduit sans fin le capitalisme ? N’est-on pas condamné à en faire partie ? La révolution collective, organisée et armée, ou la ligne de fuite individuelle, hédoniste et ironique, suffisent-ils à nous en sortir ? Comment conduire le système jusqu’à l’implosion – mais une implosion filmique, créatrice et non pas terroriste, destructrice ?
Ainsi est atteint le point centrifuge, excentrique, où circuler produit le vide qui vous absorbe. Ce moment de vertige est aussi celui de l’effondrement potentiel. Non pas tellement par la fatigue propre à la distance et à la chaleur, à l’avancée dans le désert visible de l’espace, mais à l’avancée irréversible dans le désert du temps (Baudrillard, “Vanishing Point”, Amérique, Grasset, 1986). »
Jérôme Rosanvallon

___________________________

Programme des séances à Taipei :

Organisateurs : Jean-Yves Heurtebise (Université Catholique FuJen) et Lin Chi-Ming (Université Nationale de l'Éducation de Taipei).

Musée de l'Université Nationale de l'Éducation de Taipei (MoNTUE, Taipei, Taiwan) http://montue.ntue.edu.tw/
Toutes les séances sont gratuites (nombre de places limité).


Vendredi 21 avril, 19 h
Un « anti-remake » insoupçonné de Voyage à Tokyo et ses trois énigmes
Film : Café Lumière de Hou Hsiao-Hsien (Japon/Taïwan, 2004, 109 min)
Présenté par Liu Kuang-Neng (ancien professeur émérite à l’Université Nationale Centrale)

« Hou Hsiao-Hsien (1947-), emblème de la Nouvelle Vague taiwanaise, réalise en 2003 Café Lumière (Kafei shiguang ou Kôhî Jiko), un film commandé par Shochiku, société de production japonaise, pour célébrer le 100e anniversaire du grand Ozu Yasujiro (1903-1963). Parmi les approches potentielles auxquelles le film se prête, une certaine “critique génétique” s’impose, susceptible d’offrir sur lui une vue globale, pénétrante et même attrayante. Contrairement à son apparence confuse, le film se structure tel un récit policier qui livre dans les dernières minutes ses secrets préparés dès les premiers plans. Mieux encore, s’il est vrai qu’il n’a rien à voir avec un “remake”, une reprise similaire telle que Tokyo Kazoku (2013) de Yamada Yoji (1931-), il s’interprète pourtant comme un calque à l’envers du chef d’œuvre Voyage à Tokyo (Tôkyo monogatari, 1953) d’Ozu. Soit un “anti-remake” vraisemblablement jamais vu dans l’histoire du cinéma mondial et, en outre, inconscient de la part du réalisateur. Quant à l’esprit Zen cher à Ozu, il n’est pas exagéré de dire que Hou va ici bien plus loin que lui dans cette voie, au moyen de son esthétique propre qui se rapproche de cette fameuse pensée selon laquelle “le Tao s’exerce constamment par le non-agir” et qui atteint ici un accomplissement plus qu’extraordinaire. »
Liu Kuang-Neng


Vendredi 28 avril, 19 h
Montrer la peinture au cinéma : Van Gogh chez Resnais et Kurosawa
Films : Van Gogh d'Alain Resnais (France, 1949, 18 min) et Rêves de Kurosawa (Japon, 1990, 119 min)
Présenté par Jean-Yves Heurtebise (maître de conférences à l’Université Catholique FuJen)

« Le but de cette séance est de mettre en parallèle deux œuvres filmiques qui sont en rapport entre elles via un rapport commun à une autre imagerie extérieure au cinéma : la peinture et celle de Van Gogh en particulier dans le film-documentaire éponyme d’Alain Resnais et l’épisode des corbeaux du film Rêves de Kurosawa. Cette séance permettra d’évoquer 1. Le rapport entre cinéma et peinture ; 2. Les rapports entre Resnais et Kurosawa ; 3. Les rapports de Resnais et Kurosawa avec la peinture en général et Van Gogh en particulier. La manière dont Resnais explore la toile avec la caméra à la fois rappelle la mise en scène par Kurosawa d’un visiteur japonais de Musée arpentant les œuvres autant qu’elle en diffère et illustre deux manières différentes de penser le rapport à l’art et à la mémoire. »
Jean-Yves Heurtebise

Vendredi 19 mai, 19 h
A Remake of Hitchcock’s Vertigo
Film : Suzhou River de Lou Ye (Allemagne/France/Chine, 2000, 83 min)
Présenté par Lin Chi-ming (professeur à l’Université Nationale de l’Éducation de Taipei)


Vendredi 26 mai, 19 h
De la case à l’écran : translation et transmédiation dans le Transperceneige
Film : Transperceneige de Bong Joon-ho (États-Unis/France/Corée du Sud, 2013, 126 min)
Présenté par Valentin Nussbaum (maître de conférences à l’Université Nationale Normale de Taipei)

« Récit post-apocalyptique mettant en scène le confinement de survivants de l’espèce humaine dans un train, Snowpiercer réalisé en 2013 par le sud-coréen Bong Joon-ho, s’inspire de la bande dessinée française Le Transperceneige de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette. Publiée en épisodes dans les années 1982 et 1983 à partir des seize planches “mythiques” que le dessinateur Alexis avait laissées peu avant sa mort en 1977, la version graphique originale présente de nombreux éléments propices à une adaptation cinématographique, et ce, à commencer par le motif du train. »
Valentin Nussbaum




Vendredi 2 juin, 19 h
Love, Money and Ghosts
Film : The Heiress de William Wyler (États-Unis, 1949, 115 min) et Washington Square d'Agnieszka Holland (États-Unis, 1997), d'après le roman d'Henry Jame's Washington Square
Présenté par Kai Marchal (maître de conférences à l’Université Soochow)

« Henry James était obsédé par l’amour, l’argent et les fantômes. Dans Washington Square (écrit en 1880) il dépeint le conflit entre l’amour romantique et l’attraction pour l’argent. Nous entendons entamer une discussion critique de Washington Square, remake d’une première adaptation intitulée The Heiress. Est-ce que l’approche de l’amour et de l’argent a changé entre 1949 et 1997 ? Et s’il en est ainsi, que ce changement nous dit-il sur les transformations de la société capitaliste ? »
Kai Marchal

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