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Orazio IRRERA

Actuel(le) Directeur de programme du 01/07/2016  au 30/06/2022

Direction de programme : L'aléthurgie décoloniale. La décolonisation comme événement philosophique

Résumé : Sous quelles conditions à la fois théoriques, historiques et géopolitiques est-il possible de penser la décolonisation comme un véritable événement philosophique ? Nous partons de cette question fondamentale et du constat que, s’il est vrai que la décolonisation a été jusqu’à présent abordée comme objet de recherche dans maints domaines des sciences humaines, il reste que son rapport à la philosophie se révèle très flou et souvent mal problématisé, voire pire, pas du tout posé. Nous pensons que cette discipline, dont les origines sont censées fonder une tradition qui se veut strictement européenne, est très profondément marquée, et garde encore aujourd’hui, très soigneusement, les frontières occidentales du sens.
Afin de mettre en relief en quoi la décolonisation a été un des enjeux philosophiques majeurs du XXème siècle, nous proposons d’explorer les histoires multiples et diverses dont elle se compose à partir de l’analyse des rapports, culturellement et géopolitiquement variés, qui nouent l’un à l’autre, le pouvoir, la vérité et l’éthique. Par la notion d’alèthurgie décoloniale nous posons alors un problème philosophique général afin de vérifier de quelle manière, toujours spécifique et contingente, se transforment les rapports entre vérité, pouvoir et éthique par rapport à la matérialité des pratiques de la décolonisation.
Si la colonisation se réfère à un mouvement par lequel il s’agissait, dans la réalité même d’une pratique sociale, d’assujettir les individus par des mécanismes coloniaux de pouvoir qui se réclamaient néanmoins d’une vérité, alors, la décolonisation sera le mouvement par lequel le sujet se donne le droit d’interroger cette vérité sur ses effets de pouvoir et le pouvoir sur ses discours de vérité. Mais pour déployer une énergie de transformation en mesure d’affecter les rapports coloniaux de pouvoirs et le régime colonial de vérité fondé sur les sciences humaines, ce sujet devra délier ce lien colonial entre pouvoir et vérité en lui opposant un régime décolonial de vérité qui relève de l’insertion de l’éthique dans la politique.
Par le biais de la notion d’alèthurgie décoloniale, on explorera la multiplicité de ces mouvements visant à se dégager du pouvoir colonial dans la mesure où elle servira de révélateur transculturel aux transformations éthiques (et politiques) des sujets coloniaux et au rapport qu’ils entretiennent à la vérité. A la lumière de l’alèthurgie décoloniale, on cherchera alors à analyser à la fois philosophiquement et historiquement les biographies et la pensée de certaines grandes figures de la décolonisation : M.K. Gandhi, Frantz Fanon, Amílcar Cabral, Aimé Césaire, Léopold Senghor, Kwame Nkrumah, José Carlos Mariátegui, W.E.B Du Bois, C.L.R. James, Nelson Mandela, etc.