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Pierre ARNOUX

Actuel(le) Directeur de programme du 01/07/2016  au 30/06/2022

Direction de programme : Surrégimes(s) : philosophie du système rock

Résumé : Dès les années 1950 et pour la première fois dans la tradition occidentale, le rock’n’roll et le blues font entendre des corps et des machines comme traversés d’une énergie en excès, menaçant de les détruire. Mais c’est dans les années 1960, en Angleterre, que naît véritablement le rock, lorsque ces sonorités aux origines diverses – guitares en overdrive, bend, breaks de batterie, voix éraillées – deviennent les éléments exemplaires d’une logique de production, à l’échelle du titre rock, de ce surrégime que font en particulier entendre, dans leur modalité propre, les guitares électriques saturant les lampes de l’ampli.
Car le rock ne travaille pas tant une tradition musicale que le paysage sonore qui le voit naître : paysage urbain, strié d’automobiles en accélération, de machines à moteur exhibant à même leurs sonorités l’énergie excessive qui les parcourt. C’est ainsi dans sa dynamique, proprement esthétique, que se définit la musique rock, dimension musicale avant d’être genre ou style.
De ce corps d’hypothèses découlent plusieurs perspectives de recherche.
La première concerne la musique rock elle-même et son fonctionnement : il faudra, par une conceptualité nouvelle et appropriée, nommer et analyser les traits et procédés qui lui permettent de produire cet effet de surrégime qui la définit et qui rend également compte des traits plus classiques que présentent fréquemment les œuvres rock. Alors seulement pourra être esquissée la logique historique de la musique rock.
Une fois posés ces repères pour une esthétique historique du rock, le rôle de la technologie du son pourra être déterminé et circonscrit. Notre hypothèse est en effet que le rock a exploité l’une des possibilités insignes de la technologie sonore du 20e siècle : créer le trouble, dans tous les sens du terme, en malaxant les formes habituelles et mondaines de notre perception sonore et, plus précisément encore, en jouant du caractère intime de sons de proximité désormais manipulables et audibles à pleine puissance. C’est par nécessité esthétique, en somme, que le rock est une musique enregistrée.
Enfin, c’est comme phénomène culturel qu’il faudra interroger le rock, comprendre à sa racine et par son esthétique, notamment à l’aide d’outils psychanalytiques, ce que les discours et représentations populaires ont bien mieux vu que nombre de discours savants : son caractère sauvage, sexuel, singulier. C’est à cette condition que les formes de vie qui en sont nées, constituant une époque singulière, pourront devenir pleinement intelligibles – tout comme leur inévitable échec.