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Bernard ASPE

Actuel(le) Directeur de programme du 01/07/2016  au 30/06/2022

Direction de programme : Paradigmes de la division politique

Résumé : L'intitulé du séminaire convoque tout d'abord l'idée de division politique qui elle-même renvoie au conflit, à l'existence de camps opposés, rivaux ou ennemis. Il s'agit tout d'abord de savoir si le conflit politique peut être pensé à partir du paradigme de la guerre. Plus exactement : il faut essayer de comprendre ce que peut apporter un tel paradigme pour l'intelligibilité de la politique – et quelles en sont éventuellement les limites. Cette clarification est nécessaire pour échapper à deux tendances opposées : d'un côté, celle qui confond guerre et politique (la figure actuelle du « djihadisme » est une expression de cette confusion) ; de l'autre, celle qui occulte la dimension conflictuelle de la politique, et lui dénie tout rapport à la conflictualité. En réalité, il y a bien un rapport entre guerre et politique mais, précisément parce que c'est unrapport, les termes ne peuvent se recouvrir. De Clausewitz à Foucault, il s'agit donc tout d'abord d'exposer de quelle manière ce rapport peut être envisagé.
Mais la question n'est pas seulement de savoir si la guerre est un (ou le) bon paradigme. Elle n'est pas non plus de savoir quels sont les autres paradigmes, et quelle est leur validité – une question qui sera cependant aussi nécessairement abordée. Elle est avant tout de savoir pourquoi cet objet spécifique qu'est la politique réclame l'usage d'une méthode paradigmatique.
Pour traiter cette question, il faut donc tout d'abord exposer les différentes manières de concevoir cette méthode : du modèle éminent appliqué à une réalité qui lui est en quelque sorte subordonnée au rapport analogique entre des processus hétérogènes, en passant par la série d'exemples homogènes renvoyant à l'existence d'un ensemble qui les regroupe. De Platon à Simondon en passant par Kühn ou Agamben, il s'agit donc de clarifier le sens même d'une méthode paradigmatique. Cette clarification permettra de montrer que la fécondité de cette méthode tient à sa capacité à rendre un phénomène intelligible sans en faire pour autant l'objet d'une théorie qui en fixerait la définition invariante.
À partir de là, il sera possible de revenir à l'idée de division politique, et plus exactement à celle d'un travail de la division – lequel renverra dès lors indissociablement à une méthode et à son objet. Et nous verrons que cet objet ne renvoie pas seulement à la pratique du conflit, mais aussi, paradoxalement, à la consistance de l'être-ensemble.