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Vanessa BRITO

Actuel(le) Directeur de programme du 01/07/2019  au 30/06/2025

Direction de programme : Exposer les chantiers de la recherche: des lieux du politique en arts et en sciences humaines et sociales

Résumé : Aujourd’hui, aussi bien du côté des arts que du côté des sciences humaines et sociales, les méthodes de travail, les protocoles et les gestes de la recherche s’exposent. Des historiens inscrivent ces gestes dans leurs récits, exposent le cheminement de leur pensée et préfèrent la “vérité-processus” à “l’histoire- résultat”. Certains artistes font des accrochages avec les documents collectés et les paroles recueillies au fil de leurs enquêtes de terrain ; d’autres proposent des expositions in progress et présentent au public le processus de montage, démontage et remontage d’une exposition. À leur tour, des curators exposent l’exposition elle-même : les dispositifs de monstration, les vitrines et les cadres qui conditionnent nos manières de donner à voir et de fabriquer du sens ; des cabinets de curiosité et des salons du XVIIIe aux scénographies des expositions contemporaines. Comment interpréter ce constat ? Que produit cette exposition des processus de travail et de la fabrication du sens ? Comment vient-elle renouveler l’écriture de l’histoire et poser à nouveaux frais la question de savoir ce que peut un récit ? Ce projet se propose de saisir les enjeux politiques de cette exposition des chantiers de la recherche, en prenant les poétiques du récit comme des lieux du politique en arts et en sciences humaines et sociales.
C’est à l’endroit des poétiques du récit, du poïen ou des manières de faire récit que nous voulons situer un dialogue entre pratiques historiennes, artistiques et curatoriales. Compte tenu de sa dimension fictionnelle et expérimentale, la mise en récit est simultanément l’endroit où l’histoire s’ouvre à des expériences esthétiques et celui où les arts et la muséographie entrent dans des problèmes de connaissance. Raconter un événement en prenant des acteurs autres que l’homme, le réactiver en s’autorisant à imbriquer récit personnel et histoire globale, le réfracter en mêlant discours scientifiques et textes poétiques, l’enlever du centre du récit pour saisir les possibles non-advenus que cet événement est venu recouvrir sont autant de gestes artistiques et d’opérations historiennes qui font bouger les repères à partir desquels les connaissances se produisent. Analyser comment ces gestes se pensent et s’exposent, aussi bien dans l’espace du livre que dans l’espace d’exposition, nous permettra d’appréhender comment les poétiques du récit renouvellent nos politiques du savoir.