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Joseph COHEN

Ancien(ne) Directeur de programme du 01/07/2004  au 30/06/2010

Direction de programme : Le sacrifice

Résumé : La question directrice de ce programme de recherche pourrait s’énoncer ainsi : comment et depuis quel lieu l’expérience du sacrifice s’est-elle introduite dans la philosophie? Pourquoi et comment le sacrifice aura-t-il été un événement pour la philosophie? À partir de quelle stance et instance le sacrifice aura-t-il œuvré dans la philosophie? Car le thème du sacrifice n’est pas n’importe lequel. En effet, l’histoire du sacrifice se lie et s’allie aussi indissociablement qu’inextricablement à l’histoire de la pensée philosophique.
La logique de l’histoire de la philosophie, lourde de discontinuités et de percées, garde toujours un reste de ce qu’elle semble rejeter, abandonner ou refouler. C’est ainsi qu’elle reflète quelque chose comme l’économie d’un sacrifice qui garde auprès de soi-même et comme soi-même ce qu’elle abandonne. En ceci, elle ne cesse de faire penser à la persévérance de la relève (Aufhebung) hégélienne, disons à une certaine mouvance absolue du sens qui se perpétue toujours déjà au rythme de ce qu’elle supprime. Et cette économie se déploie depuis, dans et par la vie, disons au nom propre d’un salut du vivant. En effet, tout se passe comme si la mort dans et par le sacrifice revenait à elle-même et se « réconciliait » en et pour soi-même, en marquant dès lors l’événement d’un nouveau mystère.
Or, si le sacrifice marque l’événement d’un nouveau mystère, celui d’une certaine veillée qui, en regardant la mort en face l’éveille à la possibilité inouïe du salut, c’est aussi parce qu’il appelle l’expérience de la liberté. Et ce, parce que le sacrifice et la liberté sont, à la fois et simultanément, liés et alliés à la loi d’une seule et même inconditionnelle aporie dont on n’aura jamais fini de souligner la réverbération. Les deux auteurs qui nous permettront d’approcher en premier lieu cette aporie sont Hegel et Heidegger. Il nous appartiendra aussi de retracer dans l’histoire de la philosophie cette aporie en dévoilant toujours et partout en quoi et pourquoi elle marque un certain croisement entre d’une part la religion et la philosophie (pour l’élaboration de ce croisement, nous nous référerons principalement aux œuvres de Platon, Saint-Augustin, Kant et Lévinas) et d’autre part, entre l’éthico-politique et la philosophie (pour l’élaboration de ce dernier croisement, nous nous référerons primordialement à Aristote, Fichte et Nietzsche).