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Natalia AVTONOMOVA

Ancien(ne) Directeur de programme Russie  du 01/07/1998  au 30/06/2004

Direction de programme : La langue russe à l'épreuve de la pensée occidentale contemporaine

Résumé : Dans la situation actuelle marquée par l'effondrement du réel et du symbolique, l'abolition de la censure, et une certaine liberté de parole, une question se pose : si cela a un sens de parler de l'expérience d'une collectivité dans un langage philosophique, alors avec quels mots articuler cette expérience en notre pays, dans notre langue - sans tomber dans des particularismes ni édifier ' toutes sortes d’espérantos? Comment éviter de nous retrancher derrière l'histoire « purement nationale » de l'époque d'avant Pierre le Grand? Comment réfuter l'assimilation facile et flatteuse de notre expérience sociale proto-moderne avec certains traits de la condition post-moderne de l'Occident ?
Dans l'histoire de la philosophie russe il y a eu, de toute évidence, des rencontres manquées avec la pensée occidentale, telle celle avec Kant épistémologue (il n'était lu au XIXe siècle que comme moraliste). Il y a eu des périodes - surtout après la révolution de 1917 - où pratiquement toutes les tendances de la pensée occidentale ont été exclues de la pensée russe tout en restant - après leurs vigoureux débuts sur le sol russe - les points d'intérêt clandestins de rares spécialistes. Dans la période soviétique, il s'agissait surtout du néo-kantisme, de la phénoménologie et de la psychanalyse. Une telle déficience des traditions philosophiques crée aujourd'hui un désarroi total chez les lecteurs confrontés à la masse de livres parus ces dernières années sur la scène culturelle russe sans ordre chronologique ni logique. Comment assurer l'intelligibilité de ces oeuvres ?
Comment éviter les contresens historiques et conceptuels ?
On abordera deux types de réponses.
La première consiste dans l'analyse épistémologique des divergences et des ressemblances terminologiques dans des cultures philosophiques différentes. Cette analyse doit permettre de discerner certaines fausses similarités de concepts et de formes cachant une radicale hétérogénéite dans leur fonctionnement. Cela va donc nous permettre de mieux saisir les présupposés et les enjeux actuels dans les débats philosophiques contemporains internes ou avec les collègues occidentaux.
La deuxième réponse engage les aspects théoriques et pratiques de la traduction : elle est le moyen privilégié de développer la langue philosophique, de l'enrichir et de l'affiner. Le manque de temps culturel peut donc être partiellement compensé par un travail de réflexion aiguë et accrue sur la traduction : pourquoi et comment traduire ? Tout en étant un art, la traduction ressortit aussi à la science : nos décisions et nos choix de termes (traditionnels ou néologiques) peuvent être discutés, justifiés et travaillés selon tout un ensemble de critères. Toutes ces mesures semblent pouvoir nous donner une chance véritable de rencontrer l'autre intellectuellement et existentiellement - sans exclure pour autant le « souci de soi ».