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Marie-Reine Myriam BIENENSTOCK

Ancien(ne) Directeur de programme du 1/07/2007  au 30/06/2013

Direction de programme : Philosophie allemande moderne et pensée juive

Résumé : Le programme de recherche que je voudrais diriger dans le cadre du Collège International de Philosophie a pour objet la question des rapports entre l'idéalisme allemand et ses « penseurs juifs » - « idéalisme allemand » étant pris ici au sens large du terme, de façon à comprendre non pas seulement Fichte, Schelling et Hegel, mais aussi Kant. Par la notion de « penseurs juifs ». je me réfère à des auteurs choisis pour leur contribution à la pensée juive moderne - je pense ici essentiellement à Hermann Cohen, et Franz Rosenzweig. La question de ces rapports a, certes, souvent été abordée dans le passé, mais je crois qu'il importe de la reprendre aujourd'hui systématiquement et en public, pour trois raisons essentielles : a) les « penseurs juifs » mentionnés ci-dessus étaient avec la philosophie allemande et la culture dans laquelle cette philosophie s'est formée, sur un pied d'intimité que nul ne peut plus espérer atteindre aujourd’hui. Ils peuvent nous donner des clés d'accès à un héritage qui, sans leurs thèses, et leur médiation, risque fort de disparaître, ou pire encore : d'être complètement déformé dans sa signification propre ; b) dans la pensée juive moderne et contemporaine, l'importance de ces auteurs est aujourd'hui encore inégalée : - ils eurent, certes, beaucoup de disciples et d'interprètes, mais peu de penseurs juifs contemporains ont leur envergure. et les plus grands et les plus importants parmi ces derniers se réclament explicitement d'eux ; c) on oublie souvent aujourd'hui que ces penseurs juifs furent en désaccord entre eux, sur pratiquement tous les points importants, qu'il s'agisse de philosophie, ou de politique, ou d'ethique, ou d'ailleurs de religion. Mais en philosophie, et dans le judaïsme. il n'y a pas de pensée unique, pas plus que dans d'autres religions et visions du monde. Il y a différentes options possibles, dont il s'agit de débattre. Le Collège international de philosophie semble être, en France, l'un des lieux privilégiés. où ce débat pourrait être mené.
Je voudrais animer dans le cadre du Collège un séminaire régulier, qui porterait d’abord sur la pensée de Hermann Cohen, encore trop peu lu aujourd'hui en France : sur son interprétation de Kant et sa conception du judaïsme, mais aussi sur ce que l'on pourrait appeler sa « philosophie de l’Université ». A ce séminaire pourrait être associée une activité de traduction.
Je voudrais aussi organiser au printemps 2009, en liaison avec un séminaire suivi sur Rosenzweig et dans le cadre de mes activités comme Présidente de la « Société Rosenzweig internationale » (lRG), un Colloque international qui portera sur Rosenzweig et ses différents interlocuteurs. Ce qui fascine chez Rosenzweig, ce n'est pas seulement la « nouvelle pensée » qu'il expose dans l'Etoile de la rédemption, ce sont aussi les milieux qu'il fréquenta, les auteurs et personnalités de premier ordre avec lesquels il dialogua, et ceux sur lesquels il exerça une grande influence : philosophes, mais aussi historiens et hommes politiques, théologiens, et hommes de lettres. Il s'agira pour moi de montrer toute l'actualité de certains de ces débats et de faire du colloque et au Collège - mais aussi, plus largement, de Paris - l'un des lieux centraux de discussion, aussi bien sur l'idéalisme allemand que sur la pensée juive contemporaine.