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Gérard BRAS

Ancien(ne) Directeur de programme du 01/07/2001  au 30/06/2007

Direction de programme : Pensée du peuple, puissance de la multitude. La démocratie en question

Résumé : La démocratie s'impose comme évidence politique indiscutée, en même temps que certains symptômes donnent à penser qu'elle est en crise. Crise de la démocratie ou crise de la représentation? Dans la mesure où la politique moderne a plus ou moins identifié les deux termes, questionner l'un c'est mettre en cause l'autre. Sous «démocratie», c'est le point aveugle de la philosophie politique que l'on peut mettre à jour : la confusion maintenue quant au concept du peuple.
«Démocratie» le dit presque clairement : le démos serait en position du kratein et du sujet sur lequel il s'exerce. Est-ce le même en ces deux sites? Le vocabulaire latin des philosophes classiques suggère que non, sans pouvoir renoncer à l'idéal d'unité. De là les constructions qui disposent des médiations pour rendre le peuple «digne» de la politique, et la difficulté à nommer cette populace toujours renvoyée à ses origines inclues, et qui toujours menace l'édifice rationnel de la souveraineté. A l'idée d'un peuple du droit, s'oppose toujours, sourdement, sous-jacente cette foule qui parfois surgit sur la scène de la politique en contestant la distribution des rôles qui la rendait présentable. Il arrive que les spectateurs montent sur la scène de la représentation, excédant le jeu convenu. Si la philosophie politique classique s'épuise à recouvrir ce point, deux auteurs font tache dans l'édifice juridique de la souveraineté : Machiavel et Spinoza. C'est la tension entre les deux pensées de la politique et du peuple qui peut éclairer pourquoi la démocartie représentative enveloppe nécessairement le principe de sa crise. De Spinoza notre enquête retiendra que le peuple n'est pas un donné simple, une réalité substantielle, mais un processus en composition toujours traversé de sa propre décomposition, ce qui interdit de faire de la démocratie un régime étatique. «Démocratie» nomme plutôt le concept de la politique, le processus de constitution d'une puissance collective, toujours menacée par sa propre impuissance. Mais la lecture de Machiavel montrera que l'hypothèse de l'unification effective de la communauté politique est intenable : le conflit entre les humeurs est irréductible. Comment penser la politique dès lors que le peuple ne peut être amené à un, surtout pas à cette unité soumise à l'autorité souveraine? Comment la pensée du peuple peut-elle s'énoncer? Être captée par ceux qui parlent en son nom, et lui confère par là une certaine existence? Comment son autonomie est-elle pensable? Comment la plèbe perdure-t-elle? Comment la multitude peut-elle s'affirmer dans sa puissance effective? Telles sont les questions, enjeux aujourd'hui d'une mise en rapport de ces deux auteurs. A partir de là une autre perspective demande à être engagée : celle d'une enquête cherchant à dessiner les figures du peuple au XXe siècle. Peuple qui s'affirme dans son autonomie. Peuple de ceux qui parlent en son nom. Peuple des populistes. Peuple ethnique. Peuple des chansons, du cinéma, du théâtre populaire...Peuple qu'il faudra mener collectivement, en trouvant les moyens d'y associer quelques uns de ceux dont on parle.