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Bruno CLÉMENT

Ancien(ne) Directeur de programme du 01/07/2001  au 30/06/2007

Direction de programme : Poétique et rhétorique du texte théorique

Résumé : Le séminaire envisagera méthodiquement la «textualité» du texte théorique (littéraire, philosophique, moral, politique, esthétique, etc.). Les mots de «poétique» et de «rhétorique» donnent les deux axes principaux selon lesquels j'envisage de mener cette recherche. Du point de vue de la poétique, il s'agira d'abord de donner sens au choix formel ou générique (le parti pris étant que ce choix n'est jamais arbitraire). Il semble que l'option fondamentale soit entre la forme «monophonique», ou momologique (traité, dissertation, considérations, essai, réflexions, dissertation, remarques, maximes, méditations, articles d'encyclopédie, etc.) et la forme dialogique, ou polyphonique (dialogues, entretiens, conversations, banquets, lettres, dédicaces, querelle, commentaires, etc.). La syntaxe, les figures, la composition de ces textes précisent toujours cette première option ; elles font évidemment partie de l'investigation.
L'entremêlement, dans nombre de ces textes, du théorique et du narratif mérite également d'être envisagé sous l'angle poétique. L'enjeu de cette partie de l'étude n'est pas mince, puisqu'il touche à la question de l'identité, à laquelle est lié le récit. Puisque le théorique accueille si volontiers le narratif, n'est-on pas fondé à poser la question de l'identité théorique? Cette question paradoxale, peut-être aporétique, est l'horizon réel de la recherche que je propose.
(Parmi les formes plyphoniques, deux méritent des études séparées. Il s'agit de la forme dialoguée et de la forme épistolaire, auxquelles sera consacré un temps long du séminaire).
Du point de vue de la rhétorique, je n'entends pas me limiter au démontage des stratégies de persuasion ou d'établissement de la vérité, mais prolongeant mes travaux antérieurs, proposer le portrait de quelques figures remarquables dont le discours théorique fait un usage constant, sans doute inévitable : la périphrase, l'allégorie, la prosopopée, la synecdoque. L'enjeu de cette quête rhétorique est lui aussi considérable puisqu'elle vague, à partir de la figure (et de celles-ci en particulier - qui élisent l'autre homme, l'autre sujet, l'autre manière, etc.), du côté de l'altérité.
La pensée rhétorique de Pascal - inséparable de sa préoccupation poétique - fera l'objet d'un séminaire à part d'où devrait pouvoir se déduire la légitimité de l'entreprise : il ne reste effectivement du projet pascalien qu'un chantier, qui témoigne en chacun de ses lieux, ou presque, que si manque la forme, que si fait défaut la ligne stratégique, que si n'est pas réglée la question de l'énonciation, le «texte sur» qu'il s'agit d'écrire reste privé non seulement de contenu mais de fondement.