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Simon CRITCHLEY

Ancien(ne) Directeur de programme USA  du 01/07/1998  au 30/06/2004

Direction de programme : Un sens de l'humour

Résumé : Dans ce projet de recherche, je voudrais esquisser comment la tragédie fonctionne comme paradigme déterminant pour la compréhension de la finitude humaine en philosophie (depuis Schelling, Hegel, Hölderlin, Nietzsche et jusqu'à Heidegger) ; et comment ce paradigme est à la fois continué, approfondi et compliqué dans la psychanalyse je prends l'exemple de la lecture de l'Antigone dans l'Éthique de la Psychanalyse de Lacan). Je voudrais montrer comment la finitude peut être reconçue si on prend un autre paradigme esthétique : le comique. À partir de quelques textes théoriques sur le comique (Freud, Plessner, Cavell) et quelques exemples littéraires (Rabelais, Chaucer, Sterne, Swift, Beckett), ce changement de paradigme permet une autre conception possible de la subjectivation éthique en philosophie et psychanalyse. Mon hypothèse c'est que l'humour dans son refus de l'héroïque et sa reconnaissance de l'insaisissable de la finitude nous ramène à l'ordinaire même de l'ordinaire, la quotidienneté du quotidien. Nous pourrions même dire que l'humour a une fonction éthique dans la mesure où le partage d'un « joke » nous ramène à ce qui est partagé dans les Pratiques mêmes de la Lebenswelt, non pas dans une manière héroïque ou même affirmative, mais plus modestement, plus discrètement. On pourrait même parler de l'humour, d'après Shaftesbury, comme une forme minimale de sensus communis. La chose extraordinaire de l'humour - la Chose qui se donne ou qui clignote dans le comique et comme le comique - c'est qu'il nous ramène au familier en le faisant fantastique, il nous ramène au réel en le faisant surréel. Dans ce sens là, l'humour nous fournit une phénoménologie oblique du quotidien. Le but de ce projet de recherche sera alors double d'une part, de montrer que ces petites explosions de l'esprit et de l'ironie qu'on appelle l'humour nous ramènent au monde de nos pratiques familières et communes ; et, d'autre part, d'indiquer comment ces pratiques peuvent être transformées, et perfectionnées ; d'imaginer comment les choses se voient autrement. Bref, l'humour possède un pouvoir messianique faible.