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Thomas DOMMANGE

Ancien(ne) Directeur de programme du 1/07/2004  au 30/06/2010

Direction de programme : Le spectacle, lieu d'institution des corps

Résumé : Du De Spectaculis de Tertullien à La Société du spectacle de Debord, les condamnations des spectacles se succèdent sans jamais parvenir à desserrer son étreinte. En partant de l’omniprésence historique des formes spectaculaires et de la multiplicité de ses pratiques, on tentera de donner à la notion de spectacle une définition à sa mesure et une légitimité métaphysique. Or la singularité du spectacle ne se laisse saisir que si on voit en lui non pas d’abord un acte de représentation subordonné aux paradoxes de la mimèsis mais un acte d’institution des corps. Les Mystères du moyen âge, les jeux nautiques, les opéras baroques, les fêtes de Sienne ou de Florence, etc. n’ont pas pour fonction première d’imiter des actions mais de façonner des corps. En s’arrêtant successivement sur chacun des corps que le spectacle met en scène, ceux du danseur et du chanteur, ainsi que sur le fonctionnement des machines théâtrales, on essaiera de montrer que si l’activité de représentation s’appuie sur le drame, le spectacle, quant à lui, ne cesse de forger des corps merveilleux qui accèdent ainsi à un nouveau statut ontologique. Une telle transfiguration, examinée à l’aune des liens profonds qui unissent spectacle et liturgie, peut apparaître comme l’accomplissement de cette résurrection des corps que le christianisme pouvait seulement annoncer. On voudrait alors se demander quel(s) corps, au singulier ou au pluriel, le spectacle fait ainsi ressusciter ? Quelles sont les propriétés de ces corps ? S’ils peuvent, et comment, échapper au monde théologique qui les a vu naître ? Sur la question de l’identité des corps institués par le spectacle, on aimerait proposer deux axes de recherche. Le premier s’organise autour de la figure du spectateur et envisage de dire que la finalité du spectacle consiste à lui forger un nouveau corps. Le second axe, nourri de la dimension politique des fêtes de Louis XIV, des entrées triomphales, des opéras baroques, etc., oriente nos recherches vers l’idée que le corps immortel que le spectacle fait lever sur sa scène, c’est le corps du commun. Non pas seulement le corps de la monarchie ou de la classe au pouvoir mais celui de la communauté, un corpus mysticum. Ces deux axes même, on peut les imaginer comme les deux faces d’un même corps, à la fois singulier et universel, d’un corps, celui du spectateur, qui ferait exister singulièrement en lui la communauté toute entière.