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Corinne ENAUDEAU

Ancien(ne) Directeur de programme du 01/07/2001  au 30/06/2007

Direction de programme : La vie psychique du sujet transcendantal

Résumé : L'après modernité a prétendu infliger au sujet connaissant une «humiliation» définitive en lui refusant la position de surplomb nécessaire à toute représentation du monde, pour l'immerger dans un déploiement impersonnel de l'être, de la nature, de la vie, de l'histoire et du langage, qui lui faisait perdre toute initiative. Dans l'hypothèse où l'unilatéralité reste pourtant la condition de l'exercice même de la pensée, nous nous proposons de réfléchir sur l'expérience que le sujet connaissant a de sa propre activité de pensée. La pensée parce qu'elle est une activité est une vie, et parce qu'elle est une vie, elle est portée par des «affects» qui lui permettent de s'orienter, c'est-à-dire de se construire, se rétracter, se réviser. Toute grande philosophie (de Platon à Husserl) propose d'ailleurs, explicitement ou non, une conception de cette vie de la pensée, qui est la vie philosophique elle-même. Mais quand le sujet connaissant n'est plus inféodé à un ordre lui préexistant, quand il se fait insulaire et absolu comme le sujet transcendantal, peut-on encore prétendre lui imputer des affects, en principe tributaires d'une nature qui fait ici défaut? Quelle est l'économie psychique du sujet transcendantal? Cette question est, nous le savons, une contradiction dans les termes, puisque le sujet transcendantal ne connaît en droit aucun affect. C'est cette contradiction même dont nous voudrions faire le centre de notre recherche : une psychologie du sujet transcendantal est-elle véritablement interdite? A quelles conditions peut-on défendre son hypothèse?
Nous nous proposons de faire avancer la question à partir de Kant. Nous pensons étudier les textes où l'interdit Kantien qui pèse sur toute psychologie pourrait se voir ébranlé, mais aussi ceux où la construction critique elle-même semble prendre appui sur un sentiment de ses «besoins» qui suppose une endoperception des forces cognitives. Le débat entre Kant et Fichte devrait éclairer la manière dont une pensée trouve en elle-même - dans la perception de ses forces, de son élan, des résistances qu'elle rencontre et de ses limites - de quoi se diriger et se construire. Le refus de l'interdit Kantien par Dilthey devrait aussi être examiné. Et puisqu'il s'agit de savoir comment une pensée cherche son propre enjeu à travers un jeu d'excitation et de maîtrise, de règle et d'improvisation, nous chercherons aussi, tant dans le jeu de l'acteur que dans la cure analytique, un fil pour comprendre comment une interprétation (d'un rôle ou du monde) se mobilise et avance en s'organisant autour d'une absence qui l'aimante, la creuse ou la propulse. Si l'acteur ou l'analysant sont certes des sujets empiriques ayant à chaque fois leur histoire propre, ne peut-on penser que leur travail a pour conditions de possibilité une vie de pensée qui serait l'objet d'une méta-psychologie?