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Janette FRIEDRICH

Ancien(ne) Directeur de programme du 1/07/2004  au 30/06/2010

Direction de programme : Réflexion, savoir et connaissance - aspects philosophiques d'une relation fondamentale pour les sciences de l'homme

Résumé : Le projet de recherche tente de participer à une discussion qui occupe actuellement une place centrale à l’intérieur des sciences de l’homme. Elle est reliée avec une utilisation de plus en plus riche des méthodes cliniques, des approches phénoménologiques et des démarches narratives développées souvent en réaction directe à la prédominance des modèles à caractère rationaliste et fonctionnaliste au sein des sciences de l’homme. Toutes les démarches mentionnées font d’une manière ou d’une autre recours au concept de réflexion. C’est par la prise de conscience se basant sur les opérations de distanciation et d’objectivation que le sujet semble avoir un accès privilégié à son action et à une forme de savoir bien spécifique désigné dans la littérature comme : savoir dans l’action, savoir-faire, savoir tacite ou incarné. Pourtant, un double problème apparemment inhérent à l’utilisation de la réflexion en tant que méthode de recherche empirique est souligné par de nombreux auteurs. D’une part, la réflexion demande un arrêt de l’action, elle donne accès au processus de l’action exclusivement après coup en le considérant soit sous la forme de la temporalité du passé soit sous la forme de « futur antérieur ». Pour le savoir dans l’action cela signifie qu’il est identifié avec une reconstruction mentale. D’autre part, il paraît impossible de décider si la réflexion qui porte sur l’action et sur le savoir dans l’action renvoie à des données généralisables, ce qui pose un problème non-négligable pour les démarches qui veulent former des agents à partir de ce savoir.
Le programme de recherche présenté a comme objet de discuter quelques aspects philosophiques sous-jacents au débat actuel autour de la relation entre réflexion, savoir et connaissance. Dans ce but je réaliserai une relecture sélective des ouvrages de deux penseurs germanophones Karl Bühler (1879-1963) et Alfred Schütz (1899-1959) qui ont élaboré des concepts philosophiques peu utilisés aujourd'hui en sciences de l’homme. Ces concepts apportent selon moi un éclairage tout à fait original sur la relation en question. C’est premièrement le concept de pensée comme expérience qui sous-tend l’emploi expérimental de l’introspection réalisé par Bühler, un concept qui a été à son époque vite marginalisé par le « tournant vers la langue ». Deuxièmement, à travers les réflexions de Schütz sur la distinction entre le Je et le Moi, une articulation intéressante entre la tradition phénoménologique et celle du pragmatisme américain peut être proposée, une articulation de plus en plus recherchée actuellement au sein de la philosophie même, et qui laisse transparaître une autre approche de la réflexion. Troisièmement, c’est l’utilisation ponctuelle mais signifiante du concept de physionomie à travers lequel Schütz et Bühler découvrent des aspects spécifiques du monde de la pensée et de l’action qui sera discutée car elle permet de théoriser une réalité des objets des sciences de l’homme qui est souvent négligée dans les recherches qui font recours à la réflexion.