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Pascale GILLOT

Ancien(ne) Directeur de programme du 1/07/2004  au 30/06/2010

Direction de programme : Les modèles de l'esprit et la question du lieu de la pensée

Résumé : Notre projet de travail concerne, de manière générale, la « philosophie de l’esprit ». L’axe de recherche principal est intra-philosophique. Il s’agit en effet, au titre le plus général, de rapporter la philosophie à elle-même, sur le terrain précis de l’analyse de l’esprit. Cette mise en relation s’opérerait non seulement dans l’ordre d’une histoire souvent occultée ou rejetée par la « philosophy of mind », de l’âge classique à la période contemporaine, mais aussi dans la perspective d’une confrontation de paradigmes conceptuels concurrents : paradigme mécanique ou computationnel, qui fait de l’esprit une sorte d’automate abstrait, paradigme physicaliste et réductionniste, qui assigne l’activité psychique à un lieu d’effectuation privilégié, dans cette partie du corps qu’est le cerveau, ou encore paradigme mentaliste, articulé au postulat d’une irréductibilité du mental comprise dans les termes d’une intériorité antithétique de l’extériorité supposée de l’activité corporelle publiquement observable. L’examen des fonctions et limites de tels modèles serait aussi l’occasion d’explorer un paradigme non topographique de la pensée, et de tenter de reformuler un concept de la pensée distinct de celui d’activité mentale, activité dont le principe ou le sujet d’inhérence, depuis sa thématisation cartésienne, était précisément l’esprit. L’horizon de ce travail serait donc, en dernier ressort, celui d’une conceptualisation de l’expérience et de la subjectivité en rupture avec le postulat d’un « siège de la pensée », physique ou mental, conformément à l’hypothèse d’une pensée « sans lieu », inassignable à un quelconque espace.
Le second axe de recherche, subordonné au premier, consiste dans l’examen des enjeux et des limites inhérentes à la psychologie contemporaine, et à une « science du mental » qui se présente historiquement comme la contrepartie des sciences de la nature. Cette seconde perspective concerne essentiellement deux grands modèles du fonctionnement psychique. Le premier modèle est celui de l’identité esprit-cerveau, dans le cadre d’un monisme matérialiste classique au principe des « théories de l’identité » majoritairement en jeu dans les neurosciences : théories de l’identité entre événements mentaux et événements cérébraux, qui affirment également la réduction explicative de la causalité psychique à la causalité physique, en l’espèce neurobiologique. Le second modèle, concurrent du premier, est constitué par la représentation mécanique des procédures mentales, en jeu dans le cognitivisme contemporain. Les « sciences cognitives » en question engagent en effet à l’origine un modèle computationnel de l’esprit dont il convient d’examiner les postulats théoriques généraux, et en particulier la comparaison formelle, posée dans la première philosophie « fonctionnaliste » de Hilary Putnam, de l’esprit à l’automate abstrait, en relation avec la thèse de la « réalisation multiple » du mental.