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Sophie GOUVERNEUR

Ancien(ne) Directeur de programme du 1/07/2007  au 30/06/2013

Direction de programme : Auteur, pouvoirs, persécution : l'art d'écrire dans la littérature philosophique dissidente

Résumé : Ce projet propose de travailler sur un régime d’écriture philosophique hétérodoxe, à partir de l’analyse des liens existant entre la catégorie de « libertinage », le thème d’un « art d’écrire » philosophique théorisé au siècle précédent par Léo Strauss, et les expériences de persécution et d’incarcération auxquelles se trouvent très souvent confrontés les auteurs dissidents. L’hypothèse articulant ces différents thèmes consiste à se demander si les stratégies d’écriture des auteurs dits « libertins » aux XVIIe et XVIIIe siècles permettent de définir des conditions de production et d’énonciation susceptibles de rendre compte, de manière plus générale, d’un art d’écrire propre à tous les philosophes désireux de publier des thèses minoritaires ou subversives.
Pour développer cette hypothèse, il faut dans un premier temps reprendre et examiner la double fonction que Léo Strauss a attribuée à cet « art d’écrire » : celui-ci désigne en effet à ses yeux une pratique d’écriture clivée qui, du fait d’un contexte institutionnel répressif, protège les philosophes des persécutions, tout en leur permettant de divulguer discrètement des idées nouvelles ou rompant avec l’horizon d’attente de la société. A partir de la réflexion sur la portée philosophique de ce régime d’écriture, on peut chercher à déterminer dans quelle mesure les textes hétérodoxes du corpus libertin pratiquent un tel « art d’écrire », en fonction de l’hypothèse interprétative suivante : le libertinage serait un genre philosophico-littéraire topique et subversif, qui s’inscrit dans des genres et discours préalables pour en dévoyer ou en retourner la signification.
Cette hypothèse implique dans un deuxième temps de réfléchir au statut moderne de l’auteur dont la condition sociale se modifie avec l’apparition de l’imprimerie, cette détermination valant également pour saisir une « fonction-auteur » plus contemporaine. On peut alors examiner les parallélismes et les différences structurelles concernant les stratégies d’écriture des auteurs de l’âge classique, pour voir si les variations entre les XVIIe et XVIIIe siècles ne recoupent pas également des pratiques d’auteur toujours actuelles.
Enfin, poursuivant la réflexion sur la persécution, il s’agirait de vérifier la pertinence de l’analyse de Strauss en la mettant à l’épreuve des récits carcéraux des auteurs libertins, à la fois pour dégager leurs philosophèmes communs, explicitant les liens entre l’emprisonnement et l’élaboration de la pensée philosophique, et pour étudier les modalités de cet art d’écrire carcéral, y compris comme matrice de récits plus contemporains.