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Rada IVEKOVIC

Ancien(ne) Directeur de programme du 1/07/2004  au 30/06/2010

Direction de programme : Le partage de la raison. Inégalité des sexes et autres altérités, inégalités, exclusions, ou inclusions subordonnées (sexes/genres, nations, “races”, colonies etc.)

Résumé : Nous partirons du principe que nous croyons théoriquement acquis - qu’il y a du partage de la raison dans toute dynamique et institution humaines ainsi que dans toute pensée, et qu’il passe par le langage. Que la séparation (d’avec l’origine, plus ou moins imaginaire) est ontologique dans ce sens qu’elle est nécessaire à la vie, mais que la nostalgie fusionnelle par rapport à elle doit être dépassée.
Dans le concept de partage de la raison, nous insistons sur le double sens du terme partage en français («unir» et «diviser») qui, pour nous, signifie essentiellement que: la raison elle-même contient son contraire, la dé-raison, l’inhumain, la folie, la violence, ou l’altérité qu’elle feint expulser pour la projeter sur l’autre, à exclure.
A partir de là, notre projet de recherche ainsi que notre projet de séminaires, journées de travail et colloque partagés avec d’autres, consiste en deux aspects complémentaires et inséparables: d’une part, le côté théorique comme il se présente dans divers types d’inclusion subordonnée tels que la situation (post)coloniale, la condition des femmes ou le différend entre les philosophies occidentales et les philosophies indiennes (par exemple). D’autre part, le côté de «philosophie appliquée» et de «politique de la philosophie» à dégager sur et à partir de ces même champs de recherche, qui doivent nous amener à interroger les conditions épistémologiques dans lesquelles nous évoluons. Un travail croisé s’impose ici dans un va-et-vient constant entre «théorie» et «pratique» qui bouscule ce partage classique kantien. Il s’agirait dans le cas idéal d’un travail à la fois conceptuellement rigoureux et engagé, militant, dans le sens d’une «politique épistémologique» menant à une « révolution épistémologique » (une « éthique épistémologique» aussi) que nous croyons nécessaire en cette fin d’une époque et au début d’une autre. En développant et transformant les modalités du savoir, de sa configuration, de sa transmission, en faisant éclater ses anciens carcans et en faisant apparaître la diversité de ses nombreux auteurs, en précipitant la crise épistémologique (celle de la raison déjà fatalement partagée), nous avons des chances de transformer le monde et d’influer sur le cours qu’il a pris. Cela implique de relever le défi du partage de la raison (sa dynamique) mais ne pas permettre qu’elle se fige en tant que partagée. Or, cela veut dire travailler en l’absence de certitudes, ce qui n’est pas forcément confortable.
L’inégalité des sexes ne serait pas un cas à part, mais il est paradigmatique. Ce qui rend la différence des sexes si particulière, c’est qu’elle intervient dans toutes les autres inégalités, injustices et différends comme constitutive par un apparat d’analogie qui repose sur un consensus patriarcal (in)conscient déjà bien établi. Nous pensons qu’une mise en parallèle des femmes et d’autres groupes de «subalternes» consentira non seulement d’éclairer des événements et des périodes historiques que nous savions déjà chargés de «sexuation» tendancielle, mais permettra également d’entrevoir des solidarités conscientes ou non de l’histoire, tenant compte des histoires alternatives, y compris celles qui n’ont pas eu lieu mais sont si instructives.
Au carrefour de la philosophie, du féminisme, de la critique de l’orientalisme, de la politique et de l’anthropologie, de l’analyse des rapports sociaux des sexes à celle de la violence du pouvoir, de l’histoire des Balkans à celle de l’Inde et à l’actualité la plus brûlante de l’Occident ou du Tiers monde, nous aimerions donner à entendre, d’une manière radicalement neuve, l’idiome que le monde parle désormais et qui est à déchiffrer dans les affres la mondialisation.