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Boyan MANCHEV

Ancien(ne) Directeur de programme Bulgarie  du 01/07/2004  au 30/06/2010

Direction de programme : Métamorphoses de la communauté. Vers une ontologie modale

Résumé : Après la faillite des régimes communistes et en ce temps de réveil douteux de toutes sortes de communautarismes religieux et ethniques, qui projettent la fiction d'une communauté homogène et pure, il apparaît que la tendance d'associer la notion de communauté avec tout ce nouveau « traditionalisme » devient inévitable. Toutefois, on prendra le risque d'affronter de nouveau, dans un moment de crise des fondements mêmes du politique, la question de la possibilité de l'existence en commun, pour ensuite tenter quelques propositions, qui ne transigeront en rien à un certain consensus démocratique libéral ni, inutile de le dire, à toutes sortes de communautarismes.
La communauté sera pensée en premier lieu comme le topos originaire et immanent à la définition de l'existence politique. En partant d'une analyse du dispositif politique de base tel qu'il a été conçu en Grèce Ancienne, on essaiera de montrer que les enjeux de la notion de communauté sont originairement entremêlés à ceux des notions de l'être et du sujet, c'est-à-dire de l'ontologie et de la théorie du sujet. On envisagera leur noeud, ou leur possibilité commune originaire à travers un examen généalogique du régime de la représentation. Le dispositif politique se constitue dans la fiction exemplaire d'un moment sacrificiel, relatif à la violence originaire par laquelle la loi (ou la représentation) et par conséquent, la communauté politique, horizon ultime et lieu de l'articulation de la loi, sont fondées. On examinera dans cette perspective les deux reconstitutions historiques fondamentales de la communauté tragico-sacrificielle, notamment celles du christianisme (dont , correspondrait la structure politique de l'Empire) et de la modernité (avec son régime politique de l’État-nation).
Le deuxième moment principal du travail procédera d'une « généalogie » de la modernité dont le but sera d'éclaircir une ambivalence de base, c'est-à-dire la présence d'un côté négatif, sinon de sa propre négation, dans la définition même de la modernité. On extrapolera ce « double » négatif qu'on peut déduire aussi historiquement comme la réaction violente contre la modernité dans la période entre les deux guerres, sous le nom d’antimodernité. L'antimodernité en tant que crise (immanente) de la modernité nous permettra de nous approcher à une distinction critique par rapport à la modernité elle-même. On examinera les conceptualisations modernes de la communauté à partir d'une analyse des propositions de Bataille et de Benjamin en tant que cas symptomatique, et en vue de la tradition moderne depuis Hobbes et Spinoza jusqu'au débat contemporain sur la communauté (Nancy, Blanchot, Derrida, Lacoue-Labarthe, Agamben) dont le point de départ était l’oeuvre de Bataille. On se propose de montrer que, du point de vue du lien inextricable du politique et de l'ontologique, ce débat peut être considéré comme manifestation d'une critique ontologique dont-les enjeux se sont dénoués autour des catégories ontologiques héritées d'Aristote. Ainsi, la notion de désoeuvrement sera la suspension du paradigme de l'ergon, tandis que la potentialité - de celui de l'energeia. Ils tracent l'horizon d'une nouvelle pensée de l'être et de l'être-en-commun.
Cet examen nous mènera à l'horizon ultime de cette recherche, notamment à envisager les possibilités d'une pensée sur le monde et le sujet, indissociable de la pensée sur la communauté. Dans cette perspective, l'ontologie sera pensée non à partir de la notion de substance mais de celle de la modalisation. Traduit sous un registre politique, cela signifierait que le politique en tant qu'existence en commun présuppose d'abord la possibilité d'une transformabilité illimitée qui constitue le site événementiel. On essayera d'imaginer dans son ouverture un sujet et une communauté; non soumis à la causalité tragico-sacrificielle et au régime figé de la représentation. Ils seront le lieu inimaginable d'un signifiable potentiel, à figurer par sa propre puissance anarchétypique et métamorphique. Métamorphoses de la communauté voudrait alors dire avant tout la communauté en tant que métamorphose, en tant que substance de la transformabilité pure, ou la transformabilité même en tant que substance, à partir de laquelle seulement l'inimaginable d'un sujet et d'un monde pourrait être imaginé.