image philosophie

Andrea PINOTTI

Ancien(ne) Directeur de programme Italie  du 1/07/2010  au 30/06/2016

Direction de programme : Monument. Nonument. Politique de l'image. Esthétique de la mémoire matérielle

Résumé : Il y a parfois des moments fondamentaux où le passé se cristallise dans une image, se fixe autour d’un objet sensible et là, en même temps, survit et se transforme selon la constante modification des modalités réceptives de l’objet dans l’histoire. Engagé dans cette dialectique de répétition (de ce qui a été) et reconstruction (de ce qui a toujours été parce que, à proprement parler, n’a jamais été) – ou, en d’autres termes, d’histoire et mythe –, le passé se fige dans monuments, au sens propre des mots allemands Denkmal, Mahnmal (à la lettre « tache », Mal, « de la pensée », Denken, ou « de l’avertissement », Mahnen). En disant « monument », on pense donc à la tache comme lieu de rencontre et de collision, dans le présent, du passé et du futur. Bref : on tombe ici sur un véritable chronotype de rencontre/collision, valide à la fois pour l’individu et la communauté. Le monument représente donc une trace physiognomiquement inscrite dans le visage des villes, la surface des paysages, le commun sentir comme tissu connectif anonyme de nos expériences. En rappelant le sens original du mot latin monumentum (qui vient du verbe monere, aussi « faire rappeler » que « faire penser », « aviser », « mettre en garde », « exhorter », « conseiller », « inspirer » et enfin « prédire » et « annoncer »), cette trace transmet le passé au présent en vue de l’éclosion d’un horizon futur.

Le projet entend approfondir la question de la monumentalité comme lieu de convergence de certains axes polaires fondamentaux de l’expérience humaine : temps/espace, mémoire/oubli, présence/représentation, individu/communauté, construction/destruction, vie/mort. En suivant ces directives, le projet s’articule essentiellement en six moments:

1. la relation entre mise en image et mémoire sociale et collective ;
2. la question de la présence de l’absence et de l’absence de la présence, c’est à dire le problème de la genèse du monument à partir de la représentation du corps mort, du cadavre ;
3. l’histoire et la sémantique de l’idée de « monumental » dans la pensée esthétique et politique occidentale ;
4. les principales modalités de négation du monument (vandalisme, censure, iconoclasmes et iconophobies) ;
5. le rôle du monumental dans la culture du XXe siècle (comparaison des stratégies monumentales des sociétés totalitaires et libérales) ;
6. poétiques et pratiques de l’anti- et de la contre-monumentalité contemporaine (le « nonument » comme non-monument).

Le projet embrasse donc au moins trois des quatre intersections qui caractérisent les activités du CIPh: « Philosophie/art et littérature » (par rapport à la relation entre le monument comme image mémorielle et l’esthétique, l’histoire des arts visuels et de l’architecture) ; « Philosophie/politique et société » (voir le rapport de la monumentalité avec les questions de l’identité communautaire, de la propagande idéologique et de la polarité ami/ennemi) ; « Philosophie/sciences et sciences humaines » (en ce qui concerne la relation fondamentale que la question de l’image monumentale en tant que présentation d’une absence entretient avec la psychologie historique, l’anthropologie culturelle et la thanatologie).