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Nicolas PIQUÉ

Ancien(ne) Directeur de programme du 01/07/2004  au 30/06/2010

Direction de programme : Du territoire. Analyse des significations collectives de l'espace

Résumé : La recherche que je souhaiterais entreprendre dans le cadre du Collège a pour objet l'espace. Cette définition reste toutefois insuffisante, tant c'est la modalité de cet objet qui spécifie mon projet. L'espace auquel je m'intéresserais est le territoire, l'espace que nous occupons collectivement. Cette détermination collective reste pourtant encore imprécise. Je considère en effet, dans la lignée de C. Castoriadis, que les représentations du territoire sont des significations sociales, résultant d'une institution collective et partant historique.
La façon dont nous pensons notre rapport à l'espace, le sens que nous attribuons à cet espace, la place qu'il occupe dans nos systèmes de pensée, telles sont les dimensions que devrait aborder une réflexion sur l'espace considéré comme signification collective. Penser le territoire collectif implique de le penser collectivement, comme résultat d'une institution collective. Ce sont précisément sa signification et sa dimension socio-historiques qui constitueront l'objet de mes recherches.
Je me propose donc d'analyser le territoire comme une signification sociale instituée.
Je me concentrerai dans une premier temps sur la dimension propremement politique de l'espace. Quel est le sens politique de la référence à l'espace pour définir l'appartenance citoyenne? A partir d'un certain nombre d'analyses (Clisthène, les débats de la Révolution française, l'étude des philosophies du contrat, l'évolution du code de la nationalité) je serai en mesure de cerner la profonde ambivalence de cette signification politique de l'espace, entre enracinement originaire et définition d'un espace collectif de coexistence, entre terre et sol.
Une seconde étape du programme de recherche s'intéressera à la relation entre terre et peuple. L'analyse sera moins politique et tentera de préciser dans quelle mesure la terre occupe une place, et laquelle, dans le système de représentations qui caractérise chaque culture. Comment l'espace devient-il un vecteur d'identité non plus politique mais social? L'analyse du Romantisme allemand, mais aussi des Lumières écossaises et de Vico permettront de saisir le rôle de l'espace dans cette conception historicisée de la collectivité. L'espace collectif devient ainsi conjointement l'indice d'une particularisation et la marque de l'histoire. La terre, le génie et le social contre le projet, la raison et le politique?
Enfin je proposerai, pour clore ce parcours, d'analyser trois figures, renvoyant chacune de manière spécifique à l'espace. L'étranger, dont la définition semble souligner, à l'inverse de la pérennité de celle de l'immigré, la spécificité du politique capable de dépasser la dimension originaire de la terre natale. La migration, génératrice de troubles à la mesure des déracinement qu'elle provoque, circonscrivant par là l'inscription spatiale inaliénable de notre identité. La frontière, enfin, indice d'un principe de clôture seul en mesure d'assurer la constitution d'une identité collective? La frontière illustration a minima du caractère collectif et historique à la fois de la mise en forme et du sens attribué à l'espace dans toute collectivité.
Aux termes de ces analyses le monde vécu apparaîtra pour ce qu'il est. Non pas un monde naturel mais bien un réseau de significations collectives, résultat d'une institution de sens. Au-delà de leur apparente mais trompeuse naturalité l'espace comme le temps (dont j'ai traité dans ma thèse) comptent parmi ces significations que chaque institution socio-historique particulière met en forme spécifiquement.