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Christian TROTTMANN

Ancien(ne) Directeur de programme du 01/07/2001  au 30/06/2007

Direction de programme : Action et contemplation : la philosophie premièrement éthique ou métaphysique

Résumé : La philosophie du vingtième siècle a exprimé par la plume de M. Heidegger un malaise profond : elle ne se reconnaît plus dans sa tradition métaphysique. Est-ce à dire que la métaphysique est « terminée » et que l'éthique a pris sa place comme philosophie première ?
E. Levinas pourrait inciter à confirmer un tel diagnostic.
Pourtant, sa pensée ne se cantonne pas à une méta-éthique et revêt une profondeur spéculative indéniable.
Cette crise de la définition de ce qui est premier en philosophie est-elle propre au siècle écoulé ? Ne révèle t-elle pas une aporie profonde de la philosophie qui en a eu inégalement conscience aux différentes époques de son histoire ? À l'origine, la philosophie s'ouvre-t-elle par la spéculation ionienne sur le cosmos ou par l'injonction éthique de Socrate au "# connais-toi toi même ? "# Aristote affirme tantôt que la philosophie première est la Métaphysique et tantôt que c'est la politique conçue comme achèvement de l'éthique. L'on pourrait suivre cette oscillation dans toute l'antiquité tardive et au Moyen-Age. Pierre Hadot montre comment c'est d'abord comme recherche de la vie heureuse que la philosophie a vu christianiser ses exercices spirituels. S’agit il d'une confiscation religieuse de sa dimension pratique tandis que la philosophie se verrait cantonner dans une métaphysique théologisante ? Rien n'est moins sûr, et l'on comprend enfin que l'onto-théologie dénoncée par Heidegger commence avec l'invention scotiste d'une univocité de l’être et poursuit son influence jusqu'à Wolf, voire Kant. Si une telle métaphysique est bien terminée, il appartient à la post-modernité de se prononcer sur le nouveau statut à donner à la spéculation.
Il est vrai que la modernité classique, de Descartes à Marx, semble l'avoir délaissée. Pourtant, l'action même perd son sens politique par un primat de la technique qui tend à la réduire à la production des biens matériels.
La tentative méritoire de Hannah Arendt pour réhabiliter la vita activa en distinguant les trois dimensions (travail, oeuvre, agir) suffit-elle à rendre sens à l'action ? Ce sens de l'agir ne vient-il pas de ses rapports dialectiques avec la «  vita contemplativa » ? La crise moderne de la philosophie première, ou l'aporie fondatrice qu'elle retrouve, se double ainsi d'une autre, anthropologique, non moins moderne et fondamentale. La finalité de l'homme est-elle à rechercher dans la contemplation ou dans l'action? La question prend une nouvelle actualité quand les progrès de la productivité du travail tendent à démocratiser le loisir. Pour cette seconde aporie : vita activa/ contemplativa, indissociable de la précédente, l'enquête historique peut également contribuer à éclairer les problématiques contemporaines.
Partant de cette double mise en crise moderne de l'anthropologie autour des notions d'action/contemplation, et de la philosophie première, éthique ou métaphysique, notre problématique voudrait, par une enquête minutieuse sur les principales résurgences historiques de ces deux apories fondamentales, contribuer à un renouvellement philosophique appelé par l'annonce d'une civilisation du loisir.