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François ZOURABICHVILI

Ancien(ne) Directeur de programme du 01/07/1998  au 30/06/2004

Direction de programme : Siècle classique et pensée contemporaine : l'entrelacs du dehors et du dedans

Résumé : La structure dedans-dehors hante la philosophie depuis ses origines, mais a connu une première grande métamorphose à l'époque classique, lorsqu'au dynamisme simple de la Sortie (vers Ie Là-bas platonicien) s'est substitué, sous l'inspiration de thèmes chrétiens, le dynamisme paradoxal de la Rentrée. Tout le classicisme, à l'exception de Spinoza, répète ce thème complexe : sortir de soi pour rencontrer Dieu ne peut s'accomplir qu'en rentrant en soi-même. On assiste alors à l'enchevêtrement systématique, variable, multidimensionnel des valeurs du dehors et du dedans, et à la dramatisation de ses paradoxes, dans l'ombre menaçante du spinozisme.
Demander en quoi l'âge classique peut encore toucher notre époque, qui a cessé de croire aux systèmes clos et au surplomb d'une transcendance, n'est pas une question arbitraire : nombre de penseurs contemporains ont fait un jour, ou plusieurs fois, ou toute leur vie, le détour par le XVIIe siècle. En outre, la philosophie d'aujourd'hui a précisément repris l'ancienne tâche d'entrelacer le dehors et le dedans ; son renouement n'est pourtant pas un retour, puisque le Dehors n'est plus au-delà, et que cette clause s'avère la condition de son affirmation radicale. Emerge un nouveau dynamisme, avec ses propres paradoxes : le Tracé. Et comme le classicisme, mais d'une tout autre façon, notre époque développe un nouveau sens de l'infini, qui pourrait bien être toutefois le lieu de son différend interne.
On fera résonner à distance les deux âges, on en dégagera les reliefs l'un par l'autre. Cette démarche concerne à la fois le sens de l'histoire de la philosophie et les accents hétérogènes du questionnement contemporain. Elle porte enfin sur le rôle de l'image en philosophie, pour décrire et répertorier les pratiques d’hyper spatialité discursive qui eurent cours au XVII siècle sur la base d'une dévaluation de l’imagination, et celles qui se développent aujourd'hui à partir d'une contestation de la métaphore.