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Raphael ZAGURY-ORLY

Actuel(le) Directeur de programme du 01/07/2019  au 30/06/2025

Direction de programme : Devant l'Histoire. Chaque fois singulièrement

Résumé : Si la philosophie moderne se voit toujours informée par une logique de la crise, au cœur de laquelle s’opère la modalité de la reconnaissance (de Kant à Husserl) et de l’élaboration des conditions capables de nous hisser au-delà de la crise, nous nous demanderons si ce discours demeure aujourd’hui valable pour penser notre contemporanéité. Ce discours demeure-t-il toujours approprié afin de saisir notre condition socio-économique ainsi que les questions philosophiques qui se posent à partir de notre actualité ? Ou bien, ne nous faut-il pas reconnaître que ce discours se montre aujourd’hui dans toutes ses limites et accuse un essoufflement allant jusqu’à exposer sa propre impossibilité ? La logique de la crise, ainsi que le réseau de concepts depuis lequel elle se construit, serait elle-même entrée en crise de façon telle qu’il paraît tout à fait inadéquat de parler encore de crise. Nos démocraties accusent un indéniable essoufflement – disons une forme d’usure, qui n’aurait plus rien à voir avec ce que nous avons pris l’habitude de nommer une crise dans notre histoire.
Notre projet entendra confronter l’ampleur de ce qui arrive à notre contemporanéité politico-sociale dans toute sa singularité. Nous nous référerons à des penseurs qui auront confronté très précisément cette question devant l’histoire et à partir d’une certaine idée de justice irréductible à une essentialisation du sens de l’histoire : Derrida, Levinas, Lyotard, Patocka, Benjamin, Rosenzweig, Jankélévitch, Jonas, Anders, mais aussi, et différemment, Nietzsche et Freud. Il nous reviendra de déployer la réflexion de ces penseurs face à la tradition philosophique de l’histoire (Leibniz, Kant, Fichte, Schelling, Hegel ou Heidegger), et de dégager une autre conception de l’histoire, quelque chose comme un certain « contre-temps historique », pour reprendre ici le mot de Benjamin. Nous tâcherons de dégager en quoi et pourquoi repenser l’histoire doit supposer une suspension, voire une interruption de la temporalité essentialisante de l’histoire au sein de laquelle un événement n’est tel que s’il est toujours déjà inscrit dans un sens général de l’histoire, et donc n’est tel que s’il est pensé en termes de crise, réduit en « moment » de dysfonctionnement du dessein signifié de l’histoire.
Nous tenterons de situer philosophiquement, mais aussi politiquement, cette
autre pensée de l’histoire
. Sur quelle idée et à partir de quel lieu pourrait-elle témoigner d’événements historiques singuliers ?