Joana DESPLAT-ROGER

2022

Directrice de programme du 01/07/2019 au 30/06/2025
Pays : France

Direction de programme : Musique savante versus musique populaire : et après ?

Résumé : La distinction entre la musique savante et la musique populaire constitue une opposition traditionnelle toujours en usage dans un large champ d’études, comprenant la philosophie, la sociologie, la musicologie, l’ethnomusicologie... Si cette opposition est admise conventionnellement, cela n’implique pas qu’elle soit signifiante, ni même que nous ayons une vision claire de ses origines et de ses enjeux théoriques. En réalité c’est l’inverse : l’histoire de ses soubassements théoriques est opaque et difficile à établir. D’autre part, depuis fort longtemps un grand nombre de critiques ne cessent de s’élever contre la dimension hiérarchisante de cette opposition. L’emploi quasi-systématique de guillemets, ou bien l’ajout bienséant de précautions d’usage (on parle souvent la musique « dite » savante ou « dite » populaire) témoignent de ce malaise constant à l’égard d’une opposition pourtant toujours en usage. Ce projet de recherche propose donc soumettre l’opposition musique savante/musique populaire à un examen critique approfondi, selon trois étapes successives.
- Nous commencerons par retracer les fondements théoriques de l’opposition musique savante/musique populaire, afin de prendre la mesure des enjeux politiques de ses fonctionnalités évaluatives, normatives et hiérarchisantes. Cette étape sera aussi l’occasion de revenir sur l’esthétique adornienne, et de corriger un malentendu manifeste concernant sa critique de la musique populaire.
- Puis nous confronterons cette distinction théorique aux témoignages des premiers concernés, en organisant des dialogues à trois voix réunissant philosophes, musicien.ne.s et musicologues. Il s’agira de donner une portée philosophique à ceux qui jouent et pensent la musique, des acteurs avec lesquels la philosophie a trop souvent tendance à rester à distance.
- Au terme de ces échanges interdisciplinaires, nous chercherons à élaborer de nouvelles pistes de réflexion permettant de renoncer aux effets théoriques de cette distinction, notamment à partir des pistes conceptuelles ouvertes par la Théorie des Musiques Audiotactiles (TMA) d’une part ; et celles des études québécoises sur la « musique actuelle » de l’autre.
Si cette recherche possède un ancrage indéniable dans le champ de la musique, elle porte aussi l’espoir que ce type de questionnement parvienne à contaminer le « savant » et le « populaire » opérant au sein de tout art, et de la culture.

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