Vicky SKOUMBI

2022

Directrice de programme du 01/07/2019 au 30/06/2025
Pays : Grèce

Direction de programme : Donner à voir l’inexistant : politiques du visible, de Paul Celan aux arts visuels

Résumé : A l’intersection du poème et des arts visuels, nous aimerions questionner les modes d’apparition de l’inexistant dans l’art, poésie compris. Sous le déluge d’images qui sature notre vue, plusieurs artistes contemporains tentent de faire voir ce qui hante les marges d’une visibilité supposée sans reste. Des stratégies diverses pour donner à voir le plus inapparent sont mises en place. Des images de ce qui est condamné à un régime d’invisibilité, peuvent sortir du noir et venir à notre rencontre.
Dans l’œuvre de Paul Celan, il y a un chiasme entre regard et voix qui aurait beaucoup à nous apprendre sur ces questions. Celan mobilise plusieurs procédés pour faire entendre le silence et donner à voir l’absence. Sa parole poétique s’attache à donner à voir ici et maintenant, ce qui fut à jamais perdu, et dont les traces-mêmes furent annihilées. Pour ce faire, le poète met en place des procédés qui ouvrent de brèches au sein du visible en le décomplétant. Par une singulière empathie, le sujet même de la vision s’en trouve affecté, dans la mesure où les yeux deviennent le support d’inscription du manque à voir qui ébrèche le visible après l’extermination. L’œil deviendrait ainsi la surface où une trace de la perte est sauvegardée en tant que telle. Parallèlement à cette dé- complétude du visible et à son inscription dans l’œil, s’affirme le pouvoir photophore de la voix : c’est elle qui apporte la lumière qui manque à l’œil défaillant.
Après avoir exploré les modes d’inscription de l’absence chez Celan, nous nous tournerons vers Shoah, pour nous poser la question comment Lanzmann a pu ‘filmer le néant’, à savoir un crime sans précédent dont toute trace fut systématiquement détruite. Par la suite, nous allons examiner si les artistes contemporains adoptent des procédés proches à ceux employés par Celan. Quelles stratégies inventent-ils pour donner à voir le plus inapparent ? Arrivent- ils, en recourant à un procès de soustraction et de temporalisation de l’image, de rendre visible l’inexistant ? Et si oui, quelle est la nature des images qui en résultent ? Des images ouvertes où le regard n’est plus totalement élidé par la supposée transparence du visible ?

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