Éric HOPPENOT

2022

Directeur de programme du 13/06/2022 au 30/06/2028
Pays : France

Direction de programme : Histoire de la philosophie et Théories littéraires. « Empuissanter le vivant ». I. Écrire et penser l’animal au XXe et XXIè siècles

Résumé : On voudrait dans ce projet de recherche, reprendre la question énoncée par Jacques Derrida dans L’Animal que donc je suis : « Qui suis-je alors ? » du sujet qui se découvre découvert par le regard animal. Interroger les deux discours que Derrida prête à ce que nous nommons animalographie, une manière d’écrire et de penser l’animalité (« J’écris à la place des sauvages, j’écris à la place des bêtes », Deleuze). Ces deux discours qui peuvent coexister ou s’exclure l’un l’autre, s’inscrivent l’un dans le champ de la perception visuelle, l’autre plus spécifiquement dans le régime énonciatif. Le premier discours s’intéresse aux auteurs qui ont selon Derrida « déjà vu, observé, réfléchi l’animal, mais ne sont jamais vus nus par l’animal » quant à l’autre discours, il s’agit de ceux qui ont été interpellés par l’animal, Derrida parler « d’adresse ». De quel lieu, depuis quelle langue l’animal peut-il s’adresser à moi ? Seule la littérature qui dispose de toutes les libertés inhérentes à la langue semble pouvoir explorer le champ de ces deux discours.
En choisissant l’écriture de Kafka comme point d’origine de notre projet de recherche, nous demeurons fidèles au geste initial de la zoopoétique qui signe son acte de naissance dans les nombreux récits animaux de Kafka, sans omettre la métaphore qui clôt Le Procès : « Wie ein Hund ! ». Par ailleurs, la référence initiale à ces récits de Kafka nous permettra d’articuler la critique zoopoétique à deux lectures essentielles de l’animal chez Kafka, celle de Derrida et celle de Deleuze-Guattari. La zoopoétique derridienne et le « devenir-animal » deleuzien constitueront des approches que nous entendons déplacer vers d’autres œuvres littéraires que celles de Kafka (voir les séances des séminaires). On verra à quel point la littérature possède de multiples ressources linguistiques pour répondre aux deux discours animaux envisagés par Derrida.
Comme nous l’avons suggéré dans le descriptif des trois années de séminaire, les philosophies contemporaines du vivant représentent aussi un espace de pensée particulièrement fécond qui nous permettra de confronter des figurations de l’animal dans la littérature. Ces philosophies exposent une conceptualisation de l’animal qui débordent les imaginaires littéraires et invitent la littérature elle-même à trouver de nouvelles voies pour poursuivre son animalographie (voir par exemple la furtivité chez Damasio).

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