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Cédric MOLINO-MACHETTO

Actuel(le) Directeur de programme du 01/07/2022  au 30/06/2028

Direction de programme : Le théologique et le politique par le prisme de la notion de « nature » (ṭabīʿa) dans la pensée islamique médiévale.

Résumé : Ce projet consiste à analyser, au sein de la pensée islamique médiévale jusqu’à Ibn Ḫaldūn, le rapport entre politique et théologie à partir de la notion de « nature ». Partant de l’étude approfondie de l’œuvre d’Ibn Ḫaldūn, nous souhaiterions comprendre comment a pu émerger des formes de rationalité politique en Islam, non pas malgré une théologie qui affirme l’unicité de Dieu et sa toute puissance, mais à partir même de cette conception, particulièrement représentée par l’acharisme, branche théologique dominante du sunnisme. Comment peut-on concevoir un gouvernement autonome des hommes qui ne fasse pas concurrence ni à la toute-puissance de Dieu, ni à son unicité ? Si on comprend que l’unicité de Dieu a pu servir de légitimation au principe de l’unicité du Prince, il conviendra de s’interroger sur la manière dont la transcendance même de Dieu sur la nature a permis de développer une rationalité politique des hommes et de l’État, compris dans leur finitude. La thèse que nous souhaiterions mettre à l’épreuve d’une analyse pluridisciplinaire et collective, est que la critique de la notion de « nature », par les théologiens de l’Islam médiéval, , a permis de développer une conception empiriste des hommes et de l’État dans leur propre temporalité. Il s’agirait alors d’examiner sous un nouveau jour les discussions cosmologiques entre les philosophes et les théologiens du kalām. Si les premiers ont, comme al-Farabi, développé une conception de la Cité idéale au sein de laquelle le gouvernement des hommes mimerait le gouvernement de Dieu, et où l’ordre éternel du Cosmos est un analogue de l’ordre politique et social de la Cité ; les seconds se sont en général attardés à développer une conception réaliste de l’État, sans que leur réflexion ne se réduise à une justification théologique de la domination du Prince. L’ordre politique et social, privé de la nature comme ordre éternel du Cosmos, devient dépendant d’une part de la conduite (tadbīr) du Prince (miroirs des Princes), d’autre part des vicissitudes du temps et de la destruction, thème qui atteindra son apogée dans la pensée d’Ibn Ḫaldūn. Comment le politique a pu être pensé à partir d’une conception du Cosmos déterminé par Dieu à chaque instant ? Paradoxalement, il semble que la transcendance de Dieu ait contribué à minimiser l’analogie entre gouvernement des hommes et gouvernement de Dieu, tout en ouvrant un champ à l’investigation du politique dans l’ordre de la finitude temporelle et des vicissitudes des affaires humaines