« L’homme est un chef naturel » dit Ibn Khaldûn ,« il est fait pour commander puisqu’il est le représentant de Dieu sur terre ». Pour introduire le thème de la virilité, on revisitera le récit de l’historien sur le devenir cyclique de l’Etat, en insistant notamment sur la notion « d’effémination » qui qualifie selon lui le déclin des dynastes et de leurs sujets . La souveraineté est bordée par deux périls qu’incarnent hyperboliquement des sites mythiques : le désert et le sérail.
Ils donneront lieu à une première typologie du masculin et aux apories politiques correspondantes. Alors qu’au premier s’attache l’excès (viriliste), le second est marqué par la défaillance du masculin.
La virilité aristocratique sera introduite à partir de l’Arabie préislamique (Jahiliyya) On l’identifie souvent à un milieu (le désert, qui opère une forme de réduction eidétique) et à un problème politique (la fitna, qui signifie à la fois séduction et sédition) Elle est incantée par l’aède-guerrier, figure épurée dont la vertu cardinale est la muruwwa, une virilité qu’informent la guerre, l’éloquence, la dépense. Le paradoxe traverse ce bédouin que la dogmatique religieuse réprouve encore au nom de « l’ignorance »,mais dont l’honneur et l’imagerie héroïque sont glorifiés par toute une tradition littéraire. Ses excès, à hauteur du désert et au titre de l’orgueil du nom, expliquent aussi bien une bellicosité incessante que la conjuration de la violence par des sociations nomades, des pratiques hospitalières et langagières, un certain art de la guerre ... qui à la fois entretiennent et démentent la rigueur du rôle de genre.
Loin de constituer une figure tragique, ces usages et ces lois mettent en évidence l’une des constantes du thème viril : l’écart entre l’ordre des visibilités et la pragmatique politique. Ils orientent vers l’une des questions fondamentales de la pensée classique depuis al-Farabi, qui voit au désert et dans la bédouinité le règne animal de la politique. Comment les Arabes qui se veulent tous des
« des chefs par essence » (Ibn Khaldûn) parviennent-ils à vivre ensemble sans céder à l’anarchie, à la fitna ? La politique, art de perpétuer la guerre tout en l’évitant, devient une passion, une « passion aventureuse » qui en départageant les « vrais hommes » dresse cette société contre l’Etat.
/ Bibliographie
« Dyschronies marocaines » in Lignes, (sous la direction de S Louste Boulbina), octobre 2011 .
« Dyschronies », in Lignes , Février 2006
« D'un paradis obscur », in Cliniques Méditerrannéennes (Psychanalyse et psychopathologie freudiennes) n°62
« Fragments de Net-théorie », in Mutations, codirigé avec Rem Koolhaas,Acer 2000
« Le désert perpétuel », in La Virilité en Islam codirigé avec Fethi Benslama L’Aube 1998, Editions de Poche en 1999
« Celestial Bodies », in Fragments for a History of the Human Body codirigé avec Michel Feher et Ramona Naddaff , Part two, Zone, (1989)
/ Autres directeurs
/ Les directeurs de programme
L'activité philosophique, scientifique et de recherche est animée par une assemblée collégiale composée de 50 « Directeurs de programme » nommés pour six ans.
Une direction de programme est conçue comme la mise en oeuvre d'un programme de recherche original, cohérent, destiné à se développer sur une période de six ans. Expérimentation, consistance et progressivité sont les caractéristiques de cette activité.
En général, une direction de programme s'articule autour d'un séminaire qui définit la problématique générale de la recherche et assure à celle-ci une certaine publicité. Mais le séminaire ne représente qu'un noyau initial sur lequel se greffent d'autres éléments.
En effet, un Directeur de programme peut :
conduire un séminaire en invitant éventuellement intervenants et conférenciers
écrire des textes destinés à publication ; coordonner un numéro de la revue Rue Descartes
établir des relations tant avec d'autres organismes de recherche (CNRS, EHESS, MSH, ENS, Universités, Collège de France, etc.), qu'avec des institutions culturelles (CIté des Sciences et de l'Industrie, Instituts culturels étrangers, IRCAM, musées, etc.), ouvrir ainsi un espace de réflexion permettant de regrouper des personnes issues de milieux professionnels divers
prendre l'initiative de journées d'étude, de colloques, de samedis du livre
mettre en place un groupe de travail, un atelier (par exemple de lecture collective ou pour préparer des publications)
proposer et conduire des activités de formation continue
animer une activité de traduction et participer à la réflexion générale sur les enjeux philosophiques de la traduction, réflexion qui trouve au Collège une place privilégiée du fait de sa dimension internationale
diriger les travaux de candidats au Diplôme du Collège international de philosophie
participer aux instances du Collège (Conseil, Comité de lecture)
Il appartient à chaque directeur de programme de coordonner un certain nombre de ces activités selon son choix et le déroulement de son programme.
L'ensemble des directeurs de programme forme l'assemblée collégiale, qui définit et met en oeuvre les recherches menées au sein du Collège international de philosophie.
La charge de directeur de programme requiert la participation à la vie et aux tâches collégiales :
assemblées collégiales, commissions, participation éventuelle au conseil, examen des propositions de séminaires.
Les directeurs de programme disposent des moyens suivants :
mise à disposition de salles pour séminaires et conférences ;
accès sous certaines conditions à des crédits de fonctionnement
Une direction de programme peut se tenir à Paris, en province ou à l'étranger.
Le Collège international de philosophie confie aux directeurs de programme installés en province ou à l'étranger le développement de ses relations avec les institutions et collectivités locales.