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Le voile de l'immunité : l'Islam après le 11 septembre

 Le voile est devenu un emblème, un symbole et un signe ostentatoire de l’Islam. Presqu’un corps de ce que Derrida qualifie d’un double bind. D’une part, il est une signification et une interprétation à la fois d’une politique d’appartenance immunitaire à l’Islam, et d’autre part il matérialise la peur d’une contamination, d’une « islamisation » d’un ensemble nommé l’Occident en tout ce qu’il représente. Il est visible et spectral à la fois, et par conséquent esthétique.  Hospitalier, il invite le graphique, dans la photo et au cinéma.
Sa prescription ne vient pas du Coran, mais des Hadith, et il a été porté par les hommes et les femmes dans la société des croyants et des non-croyants de son temps.
Ce projet propose d’entreprendre une relecture du corpus canonique théologique du sunnisme à la lumière de deux motifs réfléchissants et puissants de la déconstruction – la spectralité et l’auto-immunité, avec l’apport d’autres disciplines en dehors de la philosophie, notamment le cinéma et la photographie. La lignée que je suis serait, pour ainsi dire, a-chronologique et anachronique.

Une réaction auto-immunitaire ?

« Le deuil, suit toujours un traumatisme. …C’est le travail même, le travail en général, trait par lequel il faudrait peut-être reconsidérer le concept même de production - dans ce qui le lie au trauma, au deuil, à l’itérabilité idéalisante de l’expropriation, donc à la spiritualisation spectrale qui est à l’œuvre dans toute tekhnè (1). » La spectralité à l’œuvre dans toute tekhnè, est aussi à l’œuvre dans toute image, dans les perceptions, et les projections. Elle est partie liée à un autre motif, son voisin dans la déconstruction : l’auto-immunité. Derrida en fournit une définition précise dans Le 11 septembre et dans Foi et Savoir : « …il consiste pour un organisme vivant, on le sait, à se protéger en somme contre son autoprotection en détruisant ses propres défenses immunitaires. Comme le phénomène de ces anticorps s’étend à une zone étendue de la pathologie et qu’on recourt de plus en plus à des vertus positives des immunodépresseurs destinés à limiter les mécanismes de rejet et à faciliter la tolérance de certaines greffes d’organes, nous nous autorisons de cet élargissement et parlerons d‘une sorte de logique générale de l’auto-immunisation. Elle nous paraît indispensable pour penser aujourd’hui les rapports entre foi et savoir, religion et science, comme la duplicité des sources en général. » (2)
Dans le cas présent, la métaphore de la duplicité et ce qu’elle représente se confondent presque, puisqu’il est question de traiter le corps d’une femme comme un corps étranger au corps social. Imposer le voile, serait-il une réaction auto-immunitaire qui mettrait en danger cela même qu’il est censé protéger ? Quelles sont les affinités entre l’image portée par le hijab et l’image qu’il produit ? Les deux images participent à une certaine crise et réaffirmation de la religion musulmane. Le propre se manifeste et se phénoménalise par l’excès.
L’Islam de hijab, obsédé par lui, investit et capitalise sa propre auto-défense quasi désespérée dans le corps propre et le signe de son voilement. « …la pulsion de l’indemne, de ce qui reste allergique à la contamination, sauf par soi-même auto-immunément). »(3)  Cachez la femme et l’appartenance religieuse devient plus visible que jamais, qu’elle soit d’une minorité ou de la majeure partie de la population des pays musulman.

Esthétique de hijab

Cependant, il y eut un engouement pour les films joués que par des femmes voilées, qui n’apparaissent que sous voile, dans le cinéma iranien par exemple. Il y a là un jeu d’ombre et de lumière, de voilement dévoilant, une esthétisation et une érotisation du corps voilé, de la féminité voilée. Comme si le voile distanciait, et recouvrait la distance d’une certaine vérité, comme si « Il n’y a pas d’essence de la femme parce que la femme écarte et s’écarte d’elle-même. Elle engloutit, envoie par le fond …Femme est un nom de cette non-vérité de la vérité. »(4) 
Ce rapport à la vérité et à la non vérité prend aussi corps dans le voile, puisque toute l’aporie de la vérité peut se traduire par un mouvement du voile. « La « vérité » ne serait qu’une surface, elle ne deviendrait vérité profonde, crue, désirable que par l’effet d’un voile : qui tombe sur elle. Vérité non suspendue par des guillemets et qui recouvre la surface d’un mouvement de pudeur.
Il suffirait de suspendre le voile ou le laisser d’une autre façon tomber pour qu’il n’y ait plus de vérité ou seulement la « vérité » - ainsi écrite. Le voile/tombe.
Pourquoi dès lors l’effroi, la peur, la « pudeur » ? » (5)
Voilà, donc le mot est prononcé, le voile qui voile le visage appelle le regard de l’autre par un effet de visière. La femme silhouette, souvent noire, est dessinée comme une forme dans un cadrage photographique, elle se déploie ainsi dans le cadre de la photo, de l’image et du fantasme. Et en effet, le mouvement du voile, est le mouvement qui porte vers soi et déporte hors de soi. « Mon pauvre, mon pauvre, en finir avec le voile aura toujours été le mouvement même du voile : dé-voiler, se dévoiler, réaffirmer le voile dans le dévoilement. Il en finit avec lui-même dans le dévoilement, le voile, et toujours en vue d’en finir dans le dévoilement de soi. »(6)

(1) Derrida, Spectres de Marx, Galilée, Paris, 1993. p. 160
(2) Derrida, « Foi et savoir », in La religion, Éditions du Seuil, Paris, 1996. p. 59, note 23
(3) Derrida, « Foi et savoir », in La religion, Éditions du Seuil, Paris, 1996. p.38
(4) Derrida, Éperons : Les styles de Nietzsche, Champs Flammarion, Paris, 1978. p.39
(5) Éperons, p.46
(6) Derrida, « Un ver à soie », in Voile, Contretemps, Hiver 1997, Edition Galilée, 1997. p13

/ Séminaire & Atelier

(...)  / Détails

/ Bibliographie

" Deadline-date limite " in Monde arabe : rêves, révoltes, révolutions, Lignes n°36, Lignes, Fécamp, Octobre 2011, pp 92-103

Nom à la mer, texte intégral, (poésie) Editions Dar al Nahda, Beyrouth, 2010

A paraître
« The three sons of Scheherazade » in Maria-Goeppert-Mayer programme for international Gender Studies publications, ed. Waltraud Ernst.

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