Francesco Paolo Alexandre Madonia
Actuel Directeur de programme du 01/07/2025 au 30/06/2031
Direction de programme : Jacques Lacan et la res literaria. Écriture, symptôme, subjectivité
Résumé : Ce projet explore l’articulation entre psychanalyse, littérature et philosophie, non pas comme simple croisement interdisciplinaire, mais comme espace structurant où s’élabore une pensée radicale de la subjectivité, du langage, de l’histoire et de l’écriture. À partir de l’héritage de Jacques Lacan, il s’agit ici de concevoir la littérature non comme illustration du discours analytique, mais comme opérateur à part entière, sur les plans théorique et clinique. En insistant sur l’importance d’un contact soutenu avec les textes littéraires dans la formation des analystes, Lacan en fait un terrain de savoir, un lieu d’écriture où résonnent le symptôme, la voix, la jouissance.
La littérature n’est dès lors ni répertoire ni décor, mais champ épistémologique, traversé par ce qui, dans la théorie, résiste, insiste, excède. Elle devient scène de subjectivation — là où le sujet se divise, se déplace, s’éprouve. Loin de toute visée illustrative ou esthétique, l’écriture agit comme pratique du réel : elle découpe, elle dérange, elle échappe.
L’enquête met en dialogue la lecture analytique et les perspectives philosophiques majeures du XXe siècle — de Derrida à Kristeva, de Foucault à Deleuze, de Blanchot à Heidegger — autour de notions communes mais débattues : subjectivation, silence, perte, écriture. Il s’agit d’ouvrir un espace où la pensée affronte ce qui déborde la théorie et résiste à toute clôture discursive.
Dans cette perspective, la psychanalyse est convoquée non comme outil herméneutique, mais comme partenaire critique, travaillant la lettre, la citation, la voix — là où la langue se fait perte, opacité, coupure. La littérature, elle, devient site d’un savoir non conceptuel, d’une pratique singulière du langage où le sujet se rencontre dans ses restes. Le texte littéraire peut alors être lu comme espace clinique : non pas ce que l’on dit, mais ce que l’écriture fait.
Cette dimension est au cœur du style lacanien, dans sa prose poétique, ses citations énigmatiques, ses découpes rythmiques. Ce projet entend ainsi suivre les lettres qui ne passent pas, les phrases qui reviennent, les formes qui résistent — là où la langue touche au corps et le savoir bute sur sa limite. C’est dans cet espace que littérature, philosophie et psychanalyse peuvent engager une interrogation conjointe sur les conditions mêmes de la lecture et de l’interprétation.