Valentin Schaepelynck
Actuel Directeur de programme du 01/07/2025 au 30/06/2031
Direction de programme : Contre l’institution ou contre-institutions ? Expériences et luttes micropolitiques depuis les années 1960
Résumé : Depuis les années 1960 et 1970, une intense critique des institutions de l’Etat social s’est développée dans les démocraties libérales occidentales, à tel point que la pensée critique de la domination et ce que l’on a pu appeler la « nouvelle gauche » se sont pour une grande part identifiées à une critique des institutions : prisons, casernes, écoles, hôpitaux psychiatriques et même usines étaient visées comme partageant des tâches communes de réclusion et d’exclusion, d’exercice et de reproduction d’un pouvoir disciplinaire ( Luc Boltanski, De la critique, Gallimard, 2009 ; Razmig Keucheyan, Hémisphère gauche, La Découverte, 2013).
Lorsqu’elle s’est appuyée sur une politisation de pratiques professionnelles, en particulier sur le terrain des institutions éducatives et psychiatriques, cette critique en acte a moins motivé une théorisation qu’une conceptualisation issue d’une praxis. Loin de se ramener à un refus en bloc de toute institution, elle a alors donné naissance à des contre-institutions, dont certaines sont devenues emblématiques. Même quand elle prit la forme d’une critique radicale de l’institué, elles ne cesse d’être tendue entre l’hétéronomie des normes politiques et l’autonomie des exigences auxquelles nulle pratique éducative ou soignante ne saurait se dérober. Participant à la fois l’histoire de l’Etat social et de sa critique, les différentes versions de l’analyse institutionnelle – expression qu’il nous faudra élucider - ont ainsi, au-delà de leur ancrage socio-historique, proposé une conception originale de l’institutionnalisation comme création collective, dépassant sa définition commune comme normalisation. Elles portèrent aussi un projet d’analyse « micropolitique », expression par laquelle Félix Guattari a nommé une sensibilité clinique aux effets à la fois politiques et subjectifs des agencements institutionnels. Par celle-ci il s’agissait, non seulement de défendre une perspective politique émancipatrice, mais de conjurer la violence politique moléculaire, le « microfascisme » que tout collectif peut être amené à voir surgir en son sein. Nous chercherons, dans le cadre de ce programme, à examiner le devenir et les mutations de cette critique et de ces luttes, du foisonnement des années 1970 à aujourd’hui, de la croissance du compromis de l’Etat social à son démantèlement progressif.